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Lorsque je rencontre des difficultés à réunir les intervenants d’une médiation complexe en raison des conditions qu’ils mettent aux premières rencontres, je trouve utile de rappeler les éléments suivants qui me semblent indispensables à la réussite du lancement d’un processus de médiation. Plus il y a de conditions préalables à une rencontre, plus les craintes réciproques s’installent. C’est ainsi que la confiance disparait avant même d’avoir pu naître. Or cette confiance dans le processus et dans la volonté de tous d’y participer est le ferment de la réussite d’une médiation.

Ce qui rend spécifique la médiation dans l’univers des processus de résolution des conflits, c’est à la fois le caractère volontaire de la participation à la médiation, la confidentialité absolue des débats, la co-construction de la solution et l’intervention d’un tiers neutre bienveillant: le médiateur.

La médiation est implicitement définie dans la loi du 21 février 2005 comme un processus volontaire dont l’objectif est de permettre aux parties de recréer entre elles un lien social ou un lieu ou la communication est à nouveau possible, afin de chercher une solution à leur conflit qui respectent les besoins de chaque partie, ceci avec l’aide d’un tiers neutre et bienveillant, le médiateur. Les conditions imposées par la loi sont la volonté de chacun de participer, l’abandon provisoire des poursuites, la confidentialité des débats, le secret du médiateur, la transparence des honoraires.

Il existe donc une dimension incontestable de négociation dans la médiation. Ce qui me paraît totalement singulier de cette dernière, c’est l’ensemble des conditions qui permettent de créer ou de restaurer un lien social ou un lieu de communication: il n’y a pas seulement recherche d’un consensus sur la solution, mais avant tout il y a co-construction de la solution. Et c’est ici selon moi que se situent quelques spécificités importantes.

En médiation, il importe de s’attacher à bien comprendre les besoins de l’autre. C’est évidemment une remarque paradoxale pour la plupart des personnes en conflit: elles demandent à être bien comprises, et vont pour cela crier haut et fort ce qu’elles demandent. Mais une demande n’est pas un besoin, il n’est qu’une expression de la manière dont un besoin peut être satisfait. Si je demande sans cesse « du pain » et que mon interlocuteur n’a pas de pain à me donner, je n’obtiendrai jamais satisfaction, et, quelle que soit l’instance qui le condamne, mon interlocuteur ne pourra jamais répondre à ma demande. Si j’arrive à lui exprimer que « j’ai faim », il pourra alors me proposer un morceau de viande. Je peux lui répondre « non, je veux du pain », et cela n’avancera à rien ! Si je lui réponds « je ne peux pas manger de viande », alors peut-être pourra-t-il chercher une solution « végétarienne »… et ainsi construire avec moi la meilleure solution possible. Ma première recommandation à toute personne entrant en médiation est d’abandonner ses demandes et de préciser ses besoins. Par exemple, n’exigez pas « une lettre d’excuses », mais expliquez que vous vous êtes senti publiquement insulté par telle ou telle action et que vous avez l’impression qu’aucun acte correctif n’a été posé qui restaure votre image de façon non équivoque. Exprimez votre besoin sous la forme: « Lorsque [tel fait concret] s’est produit, j’ai subi [telles conséquences] et j’ai ressenti [tel sentiment]; cela crée chez moi un besoin de [tel type]. » Faire comprendre vos besoins ne sera possible que si vous acceptez au plus profond de vous même d’écouter les besoins des autres. Cela me semble amener une seconde spécificité importante de la médiation.

La médiation exige de toutes les parties la confiance dans le processus et dans la volonté de tous d’y participer. Cette spécificité également peut sembler paradoxale: comment pourrais-je faire confiance dans une ou des personnes qui n’ont pas répondu à mes besoins d’une manière ou d’une autre ? La réponse à cette question se trouve dans la volonté certaine de toutes les parties de participer au processus, et par la possibilité offerte à chacun de se retirer sans conséquences. C’est sans doute une difficulté majeure pour beaucoup de personnes en conflit que d’arriver en un lieu ou il faut « faire confiance » aux autres. Mais le risque est limité puisque chacun peut se retirer sans justification du processus. Ma recommandation sur ce point est d’inviter celui ou celle qui entame une médiation à se poser la question de savoir quels actes il peut poser dès le début de la médiation pour créer la confiance en sa volonté de trouver une solution. Cette recommandation est d’autant plus importante que le début d’une médiation est toujours une étape difficile, puisque c’est celle ou il va falloir se défaire de ses revendications pour exposer ses besoins. Dans le même temps, reconnaissons que dévoiler nos besoins est un geste qui convient particulièrement pour instaurer la confiance. Lorsque l’autre ne nous considère plus comme un « revendicateur » mais comme une personne qui avec ses besoins matériels et psychologiques, nous devenons soudain beaucoup plus qu’un « adversaire ». Toute solution qui contribue à répondre à notre besoin nous aidera à avoir confiance en l’autre. Comment pouvons-nous faire de notre côté pour créer la confiance en nous ?

Nous en arrivons ainsi à un troisième élément crucial du travail de médiation: la solution qui sortira de la médiation sera co-construite. En écoutant les besoins de l’autre, nous pouvons envisager la proposition qui nous semble à la fois répondre le plus à ces besoins, tout en respectant les notres. Comment par exemple reconnaître la souffrance imposée à l’autre sans nécessairement subir d’humiliation de notre côté? Et vu du côté de celui qui a exprimé le besoin, cela veut dire qu’il est prêt à accepter une solution qui ne nuise pas à l’autre. Ce principe me paraît fondamental au processus de médiation. Et en l’acceptant, nous donnons une nouvelle justification à l’approche par les besoins (par opposition à une approche de la négociation par la demande). Si j’exprime mon besoin à l’autre, qu’il comprend ce besoin et qu’il exprime une proposition de solution qui y réponde, alors je peux supposer qu’accepter cette solution (ou construire à partir de cette proposition) est une piste qui ne nuira pas à l’autre.

Cette dernière considération met cependant en évidence ce qui pour moi est une condition d’exclusion de la médiation comme mode de résolution du conflit:

Il n’y a à mes yeux pas de médiation possible lorsque le besoin d’une des parties s’exprime en terme de nuisance imposée à l’autre partie (par exemple une punition ou un geste d’humiliation publique).

Demander la nuisance pour l’autre, c’est l’empêcher de proposer une solution qui ne lui nuise pas. Dès lors que dans la préparation d’une médiation je me rends compte que les besoins d’une des parties s’expriment en termes qui imposent une nuisance pour une autre partie, je me vois obligé de considérer un arrêt du processus.

Pourrait-on alors exposer que dès lors qu’une personne s’est sentie humiliée, il ne lui est plus possible d’entrer en médiation ? Je ne le crois pas. Ce serait poser la loi du taillon comme absolu. Il existe de multiples réponses à une humiliation subie, aussi longtemps que l’on n’exige pas de l’autre qu’il soit lui-même humilié.

En conclusion, ma conviction et ma pratique m’amènent à émettre trois recommandations de base à toute personne qui pense s’engager dans un processus de médiation:

  1. S’engager à formuler ses demandes sous la forme de besoins à satisfaire;
  2. Poser dès le début de la médiation des gestes qui permettent à tous les participants d’avoir confiance dans votre propre confiance dans le processus;
  3. Etre prêt à ne travailler qu’à des solutions qui ne nuisent pas aux autres.

Si ces conditions ne sont pas remplies, il me semble presque impossible d’aborder de manière constructive une discussion difficile.

Quand il n'y a plus d'argent...Lorsque Jaklin Corman de Radio Contact m’a invité à parler de l’argent de poche, je me suis dit que condenser en 2 minutes un message clair sur le sujet risquait d’être une gageure… Vous pouvez désormais écouter en podcast le contenu de cette interview dans le cadre des “Zoom Parents” publiés par Radio-Contact.

Pour compléter les messages passés dans l’interview, je voudrais rappeler qu’il n’y a pas de principe absolu à appliquer avec l’argent de poche. Chaque famille développe ses propres règles sur la manière dont les dépenses “privées” des enfants doivent s’organiser. Ainsi, lorsque j’indique qu’avoir atteint l’âge de raison est une condition de départ, je crois n’évoquer qu’une évidence: il faut être capable d’un minimum de discernement pour gérer son argent. Je connais des familles qui fonctionnent sans argent de poche – “à la demande”, jusqu’à 18 ans ou plus. Il n’y a là rien de répréhensible.

De même, j’insiste dans l’interview sur le rôle éducatif de l’argent de poche par rapport à la notion de gestion. Il n’y a ici aucun jugement de valeur. On peut très bien concevoir d’éduquer des enfants en choisissant délibérément de “dévaloriser” l’argent en n’en faisant pas un sujet de discussion. Je peux d’ailleurs facilement me retrouver dans un idéal familial où l’argent n’est pas vécu comme un moteur des relations !

Enfin, j’aimerais commenter la conclusion de Jaklin Corman: il me semble exact de dire que lorsque l’on a bien défini les règles du jeu (quelle somme est donnée pour quel usage sur quelle période et à quelles conditions de comportement,…) il faut alors assumer les conséquences de ce “contrat de gestion”, de part et d’autre: l’enfant ne demande pas de supplément d’argent de poche pour des achats qui relèvent de son budget personnel, et le parent ne demande pas de rendre de compte aussi longtemps que les règles sont respectées.

Sur cette base, l’argent de poche, si il fait partie du mode de fonctionnement de la famille, devient un des outils de la panoplie éducative. J’imagine d’ailleurs que nous aurons l’occasion de développer des thèmes comme celui-là dans le cadre de notre groupe de parole sur la co-parentalité qui démarrera le 5 janvier 2010. Si vous désirez plus de renseignements à ce sujet, n’hésitez pas à me contacter, il reste encore des places disponibles. Ce groupe de parole est entièrement gratuit.

J’ai eu le plaisir d’assister il y a quelques jours à un séminaire animé par Benoît Gillain, psychiatre et psychothérapeute, qui travaille depuis de nombreuses années avec des couples en crise.

Le thème de son intervention était la recherche d’un modèle permettant de déterminer que les deux personnes que nous rencontrons “font couple”.

Je n’ai pu m’empêcher de relier les grands éléments du modèle présenté par le Dr Gillain à la définition de la relation que donne Jean-Jacques Wittezaele dans son ouvrage “L’homme relationnel”. C’est en mettant ces différents éléments ensemble avec mon expérience de la thérapie et de la médiation familiale au sein d’interactes que j’en suis arrivé à la réflexion que je vous livre.

Une première remarque qui me semble indispensable, c’est de reconnaître que pour faire un couple, il faut d’abord s’être reconnu mutuellement comme tel. Cela peut paraître étonnant, mais il m’est arrivé de rencontrer des personnes venant pour “un problème de couple”, alors même qu’au moins un de mes deux interlocuteurs ne considérait pas qu’il y ait jamais eu vraiment de couple entre eux.

Ceci ne devrait pourtant pas nous étonner. Il n’y a pas si longtemps, et aujourd’hui encore dans bon nombre de culture, l’alliance formelle d’un homme et d’une femme (il me semble que le couple homosexuel présente moins souvent cette caractéristique) – que ce soit par un mariage ou un appariement public – précédait la conscience pour cet homme et cette femme de constituer ensemble une troisième entité. Je recevais récemment un couple en thérapie, marié depuis quelques mois à peine, et qui se plaignait de ne pas encore “former un couple”. Leurs traditions culturelles faisaient que leurs parents les avaient trouvé “particulièrement bien assortis”, que eux-mêmes respectaient ces avis et les partageaient. Ils s’étaient donc mariés car dans leur culture, se fréquenter “trop longtemps” sans formaliser la relation ne se fait pas. Dans leur cas, le couple comme entité différente des partenaires, mettait donc du temps à se construire.

Cette reconnaissance par les partenaires de ce qu’ils ne sont plus simplement “un plus un” est donc fondamentale. Elle a pour corolaire immédiat que le couple, comme la relation, exige une certaine durée. Le temps est un critère fondamental. Un couple existe quand il dure depuis un certain temps. Benoît Gillain expliquait ainsi qu’il ne considère pas prendre “un couple” en thérapie lorsque la relation dure depuis moins de trois mois. Je ne sais si je mettrais une limite aussi nette, mais je relierais certainement cette notion de temps à la notion suivante.

La seconde dimension importante pour l’existence d’un couple est celle de structuration des échanges. Un couple existe si il dure depuis suffisamment longtemps que pour avoir pu construire des règles et de la structure dans ses interactions. Ces règles et ses structures vont se matérialiser par exemple par des projets communs. L’existence de projets qui n’auraient pas pu exister pour chacun des membres “seul” sont le ciment de cette “troisième” entité qu’est le couple.

De plus les règles sont essentielles pour que le couple puisse se construire sur de la coopération et pas sur de l’évitement. En effet, au début de la relation, chacun est prêt à de nombreux “petits sacrifices” pour ne pas “gâcher” les moments passés ensemble. En accumulant les petits sacrifices sans jamais en parler, on laisse se construire un mur entre les partenaires. Et quand ce mur est trop haut, les problèmes commencent… Si par contre les petits sacrifices sont remplacés par une discussion sur les règles communes, on se prépare pour les dialogues plus difficiles qui arriveront nécessairement un jour.

Un autre élément qui me paraît faire partie de la notion de couple, c’est la reconnaissance de cette entité “couple” comme une “troisième” entité. Elle n’est pas la fusion simple des deux entités. En pratique, cela veut dire qu’il est important que chacun garde encore un peu d’intimité et d’espace personnel. Tout, toujours, partout, ensemble, c’est beaucoup ! Le couple ne doit pas être la disparition de chacun, mais bien l’enrichissement de tous.

Si vous avez vous aussi des réflexions autour de cette notion de couple, n’hésitez pas à les partager ici…

Groupe de Parole interactesCodépendant : individu s’étant laissé affecter par le comportement d’autrui et se faisant une véritable obsession de contrôler le comportement des autres. (Melody Beattie, vaincre la codépendance).

Si vous vous reconnaissez dans cette définition c’est que dans votre entourage proche (conjoint, parents, enfants, frères, sœurs, amies, collègues…) se trouve une personne qui est devenue dépendante d’un produit, d’internet, du travail….

« Si vous êtes toujours prêt à voler au secours d’un proche en sacrifiant votre propre épanouissement, si vous vous sentez responsable de tous et de tout parce que les autres ne se sentent responsables de rien, vous êtes codépendant ». (Melody Beattie)

Vous aimeriez « alléger le fardeau » sans nécessairement entamer une thérapie car vous vous dites que ce n’est pas vous qui avez un problème mais le dépendant ?

Un nouveau groupe de parole dont le thème est la codépendance, sous toutes ses formes, verra le jour en janvier 2010.

Pour en savoir plus….

P1010294Si l’image choisie pour illustrer cet article contraste avec son contenu, c’est sans doute parce que cette photo a été prise dans un lieu où la présence de l’islam traditionnel est prégnante et culturellement installée.

Elle permet ainsi d’apprécier le contraste entre le sens que prend un discours lorsqu’il est tenu dans des contextes différents.

J’ai ainsi été particulièrement impressionné par deux articles parus récemment, l’un en carte blanche du journal “Le Soir” le 27 octobre dernier sous le titre “Femmes voilées: laissons-les en paix” et l’autre intitulé “Le voile, symptôme de la modernité” publié sur le réseau Voltaire.org ce 3 novembre.

Les deux articles me paraissent traiter la question du voile pour ce qu’elle est … la question du voile. Arrêtons d’utiliser toutes les formes de différences pour exorciser notre peur de l’autre. L’article du Soir me paraît remarquable en ce qu’il montre comment “les arguments invoqués pour persécuter le foulard sont d’une part aveugles à leur propre partialité et d’autre part trop peu sensibles aux conséquences qu’un brin de réflexion suffit à anticiper.”

Prenant ainsi l’exemple d’une “civilisation” dans laquelle il sied que les femmes portent jupes et talons aiguilles, et où si les hommes sortent “naturellement” torse nu sur les plages en été, il est loin d’en être de même des femmes, l’article montre  comment “Les critères de décence varient d’une culture à l’autre. Dans les sociétés libérales comme dans les sociétés musulmanes, la différenciation sexuelle de ces critères est la règle et manifeste des rapports de pouvoir complexes entre les sexes. L’obsession actuelle pour le foulard semble donc difficilement pouvoir échapper à l’objection des « deux poids, deux mesures ». Loin de défendre « nos valeurs », elle viole l’idéal de respect mutuel impartial dont se revendiquent nos démocraties libérales.’

La carte blanche adresse ensuite avec tout autant de pertinence la question de la liberté et celle des signes religieux, mettant bien en évidence qu’il ne nous revient pas de déterminer la liberté au nom d’un autre, mais que notre système éducatif devrait sans doute plus s’attacher à faire comprendre comment la liberté s’exerce. Sur la question religieuse, le débat est suffisamment ouvert que pour ne pas le trancher sans en être un expert.

L’article de la sociologue Tülay Umay sur voltaire.org commence par une remarque importante: au plus un état prend des mesures pour réduire la présence du voile, au plus celui-ci s’installe. Elle note aussi qu’il s’agit là d’un discours qui se substitue à la parole des femmes elles-mêmes. On estime d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire qu’elles parlent. Elles n’auraient rien à dire de spécifique. Elles ne seraient que de simples femmes porteuses de valeurs qui ne leur appartiennent pas, de valeurs qui seraient celles des hommes de leur communauté. Il n’y a fondamentalement pas de discours plus infantilisant et moins respectueux que celui qui se dit à la place de l’autre.

Dans le cadre de l’étude sociologique qu’elle a mené, Tülay Umay met en évidence qu’il apparaît que ce phénomène n’est pas d’ordre religieux, ni d’ordre communautaire. Lorsque l’on interroge ces jeunes femmes, ce qu’elles mettent en avant, c’est leur volonté propre, la démarche individuelle qu’elles ont faite. En fait, aujourd’hui le voile joue un rôle émancipateur paradoxal dans notre société: il est devenu présence du corps féminin, présence de la femme dans l’espace public.

Ces deux articles illustrent quelques principes fondamentaux de toute approche constructiviste et interactionnelle de la vie:

  • celui selon lequel lorsque nous pensons disposer d’une solution qui a fonctionné dans certaines circonstances, nous pouvons l’appliquer avec succès à toute situation que nous jugeons similaire (un peu comme si on disait que puisque l’on peut contribuer à éradiquer l’extrême droite en interdisant les symboles nazis, on pourrait éradiquer le terrorisme islamiste en interdisant le voile). L’expérience ne fonctionnant pas, nous choisissons de faire “plus de la même chose”, pour finir par obtenir le contraire de ce que nous recherchions: en fin de parcours, des écoles ghettos risquent de voir le jour qui généreront elles des populations totalement déconnectées des valeurs fondamentales de notre société;
  • lorsque nous interprétons les actes des autres, nous le faisons à travers notre propre système de valeur. Or, il n’existe pas de réalité objective en dehors du regard que les hommes pose sur cette réalité. Donc la réalité est toujours le fruit de la construction réflexive, et donc la “réalité objective” n’existe pas. Si nous n’acceptons pas de regarder chaque réalité par les yeux de ceux qui la vivent de la manière la plus intense, nous risquons de prendre des décisions dont nous ne mesurons pas toujours l’impact.

Toute cette approche respectueuse du point de vue de chacun devrait être au centre d’une approche médiatrice d’un conflit comme celui qui se pose aujourd’hui. Et si une décision juridique devait s’imposer dans le futur, la plus prudente serait sans doute celle qui permettrait à chacun de repartir à zéro, en reprenant le slogan de mai 68: “il est interdit d’interdire“. Le mérite principal d’un tel changement serait de couper radicalement l’herbe sous les pieds de tous les extrémistes qui essaient de tirer parti de ce faux débat.

C’est une interview du député français Jean Léonetti, dans l’hebdomadaire “L’express” de cette semaine, qui a retenu aujourd’hui mon attention.

Indépendamment de la controverse sur la place des parents homosexuels dans la séparation, un long chapitre de cette interview met particulièrement bien en évidence le rôle de la médiation familiale. Malgré quelques petites approximations, il est intéressant de lire les réflexions suivantes:

Chaque situation étant différente, le médiateur peut évaluer en fonction de chaque histoire les requêtes des familles. On s’est inspiré pour cela du droit canadien qui essaye de trouver une solution qui va dans le sens du bien-être de l’enfant et qui désamorce les conflits. La médiation est la seule façon d’apaiser les conflits au cas par cas et de ne pas figer le droit.

Cette idée de ne pas figer le droit me parait essentielle. L’évolution de la co-parentalité lorsque le couple parental est séparé requiert une immense souplesse. Comment définir de manière rigide ce que devra devenir le rôle de chaque parent dans trois, cinq ou quinze ans ? Les discussions approfondies entre les parents dans le cadre d’une médiation permettent généralement de dégager des principes directeurs qui permettront plus tard de faire les meilleurs choix pour les enfants sans pour autant avoir du les bétonner dans un jugement ou une loi dès la séparation.

De plus, comme l’explique plus loin le député français,

La médiation offre beaucoup de souplesse. Elle correspond mieux à la diversité des situations: les couples recomposés, les couples homosexuels, les enfants élevés à la fois par un parent et son frère… L’important c’est que l’enfant se sente bien avec un tiers, quel qu’il soit. La médiation permet de trouver des solutions adaptées à chaque famille.

La solution de médiation est donc idéale pour les situations qui impliquent des enfants et de la coparentalité. L’expérience canadienne qui exige une tentative de médiation dans toute séparation d’un couple ayant un ou des enfants mineurs montre bien tous les avantages de la médiation: des accords mieux respectés, à un moindre coût, et ou chacun repart en ayant l’impression d’avoir fait du “bon travail” dans l’intérêt des enfants. Et même une possibilité d’entendre et d’impliquer les enfants dans le processus tout en garantissant qu’ils gardent bien leur place d’enfants et qu’ils ne se sentent pas érigés en arbitre du conflit de leurs parents.

3d-view-masterLes plus expérimentés d’entre nous se souviennent sans doute de ce merveilleux jouet qui a bercé notre enfance: le 3D ViewMaster. Je me souviens d’avoir visité de nombreux monuments historiques, traversé des contrées fantastiques, partagé  les jours de Bambi et de Mowgli, tout cela en 3 dimension, en faisant tourner les merveilleux petits disques blancs dans leur drôle de lunettes, et en cherchant toujours la meilleur luminosité.

Le principe de fonctionnement du ViewMaster était d’une simplicité étonnante: offrir simultanément à chaque oeuil une vision légèrement différente de la même scène. Les images étaient pourtant statiques, mais déjà plus réelles que celles que l’on trouvait dans les albums de couleurs racontant les mêmes histoires.

C’est en rajoutant différentes dimensions à un récit que nous lui permettons de se rapprocher d’un modèle de réalité. La photo ou le dessin nous donnent une première image de ce que pourrait être les faits. Ils en sont une première interprétation. La seconde image du viewmaster photographie la même “réalité” avec un léger décalage dans l’espace. C’est en demandant à nos deux cerveaux de se concerter pour construire une vision commune que le ViewMaster transforme ces deux images en un seul univers tridimensionnel.

En regardant l’image en 3D à côté de sa sœur en 2D, nous nous rendons compte que nous sommes plus proches de “la réalité”. Une autre approche plus fine de la réalité nous est donnée en nous présentant une succession d’images fixes et en jouant sur la capacité de notre cerveau à les interpoler pour obtenir une “image mobile”. Fondamentalement, le cinéma nous semble une meilleure approximation de la réalité que l’image fixe. Combiner la vision stéréoscopique avec la succession d’image nous donne le cinéma 3D. La même démarche peut se faire au niveau du son: muet, commenté, monophonique, stéréophonique, 3D, Surround, que sais-je encore. Plongez vous au coeur du gouffre de Helm Deep au moment de la bataille dans le “Seigneur des Anneaux” et vous “croyez y être”.

Et pourtant, vous y êtes moins que jamais. Helm Deep est une pure fiction, aucune réalité ne correspond à ce modèle. En sophistiquant nos méthodes pour approcher de la réalité, nous avons créé une plus grande fiction.

Lorsque nous communiquons en essayant de donner une image aussi vraie que possible de la réalité (que nous avons perçue), nous ne faisons que construire un modèle toujours plus réducteur de la réalité – car c’est celui de notre réalité, qui éclipse celle des autres. Pour avoir une conversation enrichissante avec quelqu’un d’autre, une des conditions essentielles est de pouvoir se détacher de notre perception de la réalité pour embrasser celle de l’autre. Ce n’est qu’alors que nous pouvons commencer à coopérer.

Si deux personnes sont chacune d’un côté d’un même mur et le poussent pour qu’il “tienne debout”, au plus elles poussent (elles défendent leur perception de la réalité) au plus elles risquent si l’une des deux faiblit, de faire s’écrouler tout le mur. Si chacune d’entre elle relâche la pression pour essayer de coopérer au travail de l’autre, alors la médiation entre les deux peut aider à grandir ensemble.

Nous essayons tous les jours de mettre ces principes en application dans la gestion des conflits et dans notre support au mieux-être de nos clients.

Mettez vos ressources en action !

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Lorsqu’un problème se pose à nous, une tendance que je retrouve souvent en thérapie est d’entendre les gens m’expliquer qu’ils ont cherché partout la solution à ce problème. Tel couple a lu tous les livres sur les relations du couple (en particulier Mars et Venus), a vu tous les DVD sur le sujet (en particulier Mars et Venus…), a assisté à toutes les conférences (ou les pièces de théâtre). Ils ont essayé toutes les recettes (souvent excellentes au demeurant) que l’on trouve dans ces livres, ces films et ces conférences… Mais ils n’y arrivent pas.

On m’a rappelé aujourd’hui une vieille histoire qui illustre bien ce problème (Merci à Luc Galopin pour la vidéo en anglais sur le sujet).

Il fait nuit. Un homme se prépare à quitter sa maison. Il prend les clés de sa voiture sur le buffet et fait deux pas en arrière. A ce moment, une panne de courant plonge toute la maison dans le noir absolu. Il trébuche, tente de se rattraper et pour cela lâche ses clés. (Vous vous préparez à faire quelque chose, pour cela, vous avez besoin d’une compétence – les clés – mais un incident vous fais “perdre vos moyens”)

L’homme est maintenant à quatre pattes, cherchant à tâtons à trouver ses clés. Peine perdue, dans le noir il lui est impossible de les localiser. Finalement en passant dans une autre pièce de sa maison, il constate que dans la rue, l’éclairage public fonctionne (Il semble qu’il existe quelque part une solution pour votre genre de problème) Il décide donc de sortir et de chercher ses clés dans la lumière de l’éclairage public. (Vous vous renseignez sur “comment résoudre votre problème”).

Le voisin de l’homme rentre chez lui et le voit en train de chercher. Il lui demande ce qu’il cherche. Il répond qu’il recherche ses clés (vous envisagez votre problème en dehors de votre propre contexte). Son voisin se met à chercher avec lui pendant de nombreuses minutes puis, constatant que l’homme cherche dans toutes les directions, il finit par lui demander où il a perdu ses clés. (C’est le regard extérieur qui peut vous aider à contextualiser votre problème, à en identifier les éléments les plus importants).

Le voisin peut alors lui dire que lui dispose d’une lampe torche et qu’ils pourraient aller chercher ensemble… dans la maison.

La leçon à retenir est pour moi très simple. Elle est au cœur de notre pratique chez interactes. Si vous pensez que la solution à votre problème se trouve en dehors de vous, vous devrez la chercher pendant très longtemps. Pour changer les autres, il faut commencer par se changer soi-même. Mais c’est vrai que nous sommes très mal programmés pour un tel travail. Le regard du thérapeute est précisément cette lampe torche qui vous permettra de poser les bons outils (que vous connaissez) au bon endroit (qui lui, se cache en vous et se protège de toute attaque extérieure). Dans le cadre des thérapies brèves, vous découvrirez comment vous pouvez faire ces quelques modifications qui changent réellement le cours des choses.

Depuis de nombreuses annéiStock_000002979780XSmalles, certains spécialistes des théories de l’apprentissage nous enseignent “l’apprentissage sans erreur”, une technique d’enseignement ou d’étude qui consiste à “driller” l’étudiant à la bonne réponse de manière répétitive. Une série d’études récentes, réalisées à UCLA (Etats-Unis) met en évidence l’avantage de l’apprentissage par l’erreur en comparaison avec cette technique.

Un des tests effectués consiste à demander à un étudiant de “trouver un mot particulier” associé avec un mot donné (par exemple “étoile”) et d’avoir défini comme bonne réponse un mot “faiblement associable” (par exemple “nuit”, qui n’est donné spontanément  que dans 2% des cas). On donne 8 secondes à l’étudiant pour trouver le mot, puis on lui donne la bonne réponse et on repose la question en laissant 5 secondes pour répondre. Dans le groupe témoin, on annonce dès le départ que l’association est “étoile-nuit” et on donne 13 secondes pour trouver le mot associé à “étoile” (soit le total des 8 + 5 secondes donnés au groupe testé). Le constat est que le taux de bonnes réponses est de 10% plus élevé dans le groupe test que dans le groupe témoin…

Un autre test portait sur une lecture à propos de laquelle un question allait être posée. Dans le groupe test, on pose la question avant de faire lire le texte, ensuite, on fait lire le texte et on repose la question. Dans le groupe témoin, on fait lire directement le texte, dans lequel la bonne réponse est mise en évidence (par exemple, texte en caractères gras). Le constat est le même: le groupe test obtient 10% de bons résultats en plus.

Un article récent (en anglais) de Scientific American reprend l’ensemble de ces expériences.

La leçon à tirer de ces expériences: nous apprenons plus quand nous pouvons corriger nos propres erreurs que lorsque les solutions nous sont présentées “toutes cuites”. C’est un peu l’approche que nous avons dans le cadre des thérapies brèves chez interactes. Nous établissons avec nos clients la stratégie qui va leur convenir à travers une série d’essais qui parfois mènent à des erreurs. Nous avons alors un excellent matériel pour apprendre. En effet, lorsque nous obtenons un résultat positif, comment être certain que ce n’est pas un hasard heureux ? Alors que si nous avons un élément qui nous indique ce qui génère un résultat négatif, nous apprenons déjà ce qu’il ne faut pas faire, et c’est souvent un des apprentissages fondamentaux de la vie.

En médiation également, nous pouvons profiter de cette technique d’apprentissage. Au contraire des situations réglées par un jugement ou une procédure d’arbitrage, une médiation permet d’essayer les solutions avant de les formaliser dans des accords. On verra par exemple que ces essais sont très utiles en médiation familiale de séparation, pour trouver les meilleures solutions aux questions d’hébergement ou d’autorité parentale.

art.balloon.landing.kusaIl se fait que je passe pour le moment quelques jours de l’autre côté de l’Atlantique. Et qu’en regardant CNN, “prime time”, une des émissions les plus regardées de tous les Etats-Unis, j’apprends que l’on recherche désespérément un petit garçon de 6 ans, qui serait tombé d’un ballon gonflé à l’hélium qui passait… dans son jardin !

Une heure et demie plus tard, qu’est l’histoire devenue ? “C’est un immense soulagement, c’est une grande nouvelle, celle pour laquelle nous avons tous prié depuis plus d’une heure, on vient de retrouver le petit garçon sain et sauf” (Wolf Bleezer, présentateur du “Situation Room” sur CNN).

Que s’est-il réellement passé? Il y avait un petit garçon que les parents ne retrouvaient plus. Il y a un ballon à l’hélium qui passait pas trop loin de là. Il y a un photographe amateur qui a photographié le ballon et un objet qui s’en détache…

Quelles leçon tirer de cela ? Nous sommes particulièrement habiles à assembler des images disparates pour construire une histoire émouvante. L’histoire est intéressante parce que les “blancs” à remplir étaient ici tellement énormes que le travail effectué par les journalistes relève de l’amateurisme pur. Savoir qu’à partir d’éléments aussi épars, aussi peu confirmés, nos journalistes professionnels sont capables de “sortir” des romans aussi édulcorés fait peur. Quelle est la qualité de l’information que nous recevons et surtout, comment gardons nous un regard critique ? Les faits… toujours et strictement les faits. Il y a un garçon qui a disparu. Il y a un ballon gonflé à l’hélium. Un objet s’est détaché du ballon. Quand le petit garçon s’est rendu compte qu’on le cherchait, il a pris peur et s’est caché dans une boîte, au grenier du garage de sa maison. Et tout le reste, c’est du roman.

Apprenons à porter un regard critique sur les histoires que nous nous racontons en nous concentrant uniquement sur les faits que nous avons observé.

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