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Je vous en avais déjà parlé précédemment, mais c’est maintenant confirmé. Et Dominique Lopez-Echeynie a été la première à l’annoncer dans la blogosphère francophone. Ce 23 avril 2008 le parlement européen a approuvé la nouvelle directive en matière de médiation.

Ce sera sans doute un fameux coup de pouce pour la médiation et je vous invite à lire l’ensemble de l’article sur le blog de Dominique Lopez.

Le quotidien flamand “De Standaard” publie aujourd’hui un article qui s’intitule “La vie est devenue 6,6% plus chère”. Dans le même temps, vous pourrez apprendre que cette hausse des prix de 6,6% concerne les prix d’un panier de 10 biens de consommation très courante, alors que l’indice global des prix ne s’est lui, élevé que de 4,5%.

En fait, ce genre d’affirmation nous ramène à cette vérité toute simple: il n’existe pas de mesure exacte de la perception de chaque individu. Lorsque vous faites vos achats de première nécessité, vous constatez une hausse importante du prix du pain ou de la viande. Si dans la même journée vous envisagez d’acheter un nouveau téléviseur, c’est sans doute l’impression inverse qui vous restera… jusqu’au prochain jour de shopping !

La réalité de chacun d’entre nous est basée sur son expérience immédiate. “La vie”, comme l’appelle le “Standaard” n’a pas une existence autonome de chaque individualité qui respire et marche dans nos rues. Comme l’aurait dit Bateson, personne n’a jamais vu “la vie” sortir son portefeuille pour payer au magasin.

Ici comme dans la plupart des confusions qui nous accablent, remplacer le terme le plus vague de l’expression (dans “la vie”, il s’agit du “la”) par un terme exprimé à la première personne donnera une vue plus précise non pas de “LA” vérité, mais “DES” réalités auxquelles chacun est confronté. “Ma vie est devenue beaucoup plus chère” dira celui qui ne peut consacrer son argent qu’aux biens de première nécessité. “J’ai gagné beaucoup d’argent en achetant ma nouvelle TV” dira celui qui a attendu un an de plus avant de remplacer son ancienne “petite lucarne”…

Ce message s’adresse aux responsables de formation en médiation qui incluent dans le cursus de leurs étudiants un stage dit “d’observation”. Je reçois régulièrement de telles demandes d’étudiants, et je les refuse systématiquement: voici pourquoi.

Je suis un médiateur particulièrement heureux lorsqu’il peut partager sa pratique avec un médiateur un peu moins expérimenté, en particulier à travers la pratique de stages. C’est pourquoi je travaille avec un institut de formation et prend en charge chaque année l’un ou l’autre de ses étudiants de dernière année. Il s’agit pour moi d’une forme de co-médiation qui me permet de travailler avec quelqu’un qui apporte souvent un regard critique et neuf sur ma pratique, ce qui est particulièrement stimulant.

Une telle pratique  nécessite cependant une véritable collaboration entre le maître de stage et l’institution qui lui confie ses étudiants en fin de parcours. Et cette collaboration doit faire l’objet d’un encadrement du processus de stage. C’est le cas pour moi avec l’institution avec laquelle je travaille.

Je suis par contre toujours étonné de recevoir des demandes de stages dits “d’observation” de la part d’étudiants de l’une ou l’autre école, sans avoir eu aucun contact préalable avec ces écoles. Deux choses m’étonnent:

  • en quoi un stage de médiation peut-il être “d’observation” ? Une séance de médiation est un jeu d’intéractions systémiques entre N + 1 personnage (le +1 représentant le médiateur); introduire un élément de plus - fut-il simple “observateur” - c’est bouleverser l’équilibre du système. Sauf à travailler derrière une caméra ou une vitre sans tain, je ne vois guère comment un tel stage pourrait se passer sans que “l’observateur” ne soit également acteur;
  • l’absence de contact préalable des écoles avec des médiateurs. Comment pourrais-je m’assurer que les stagiaires qui vont m’être envoyés ont un degré de formation suffisant que pour pouvoir les confronter à mes clients? Qui va me garantir un cadre de fonctionnement qui me permette à la fois d’effectuer un travail efficace avec mes clients et d’effectuer un travail pédagogique (donc au niveau méta) avec le stagiaire?

J’invite donc les stagiaires désireux de venir “observer” des médiations à contacter leurs directions d’école et de demander à celles-ci de contacter directement les médiateurs avec lesquelles elles sont prêtes à discuter des conditions et du cadre des stages à organiser.

Les déboires du directeur de l’Athénée Emile Jacqmain à Bruxelles - qui a refusé d’appliquer le décret sur les inscriptions et se retrouve aujourd’hui confronté à son pouvoir organisateur - m’ont inspiré un courrier au journal “Le Soir”. Celui ci a été publié partiellement dans l’édition de ce matin. Je vous livre ici l’intégralité du texte. Je trouve en effet que certaines coupures (tout à fait justifiée par les impératifs éditoriaux) font cependant perdre une partie du message.

Quoi que l’on pense du décret “inscriptions” de Madame Arena, ce décret est né des voies normales de la démocratie. On peut être en accord ou en désaccord avec lui, aussi longtemps qu’il n’est pas remplacé par une autre disposition tout aussi démocratiquement construite, il représente la norme qui doit s’appliquer.
Un rôle fondamental de l’école est de former des citoyens responsables, et ce en particulier dans le cycle des humanités. On peut donc s’attendre à ce que les responsables d’établissements d’enseignement soient particulièrement attentifs à faire respecter une valeur aussi fondamentale que la norme légale. Ce respect doit évidemment aller de pair avec un apprentissage du droit à la contestation, dans le respect des règles de la démocratie.
Et c’est bien ce rôle que le directeur de l’athénée Emile Jacqmain me semble ne pas avoir rempli correctement. Il avait parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec le décret de Madame Arena. Il disposait à cette fin de tout un arsenal de réponses possibles, dans le cadre du système démocratique dans lequel nous nous trouvons: depuis les différents recours individuels et collectifs, jusque et y compris par exemple la mise en place d’une action syndicale. Il semble avoir choisi une autre voie: se faire justice soi-même, et faire participer ses étudiants et ses professeurs à cette mutinerie. C’est à mes yeux une double erreur.
Se faire justice soi-même est contraire à notre système démocratique qui prévoit de nombreuses voies de recours face aux injustices qui nous sont faites.
Animer un débat destiné à créer une mutinerie, c’est passer le message que l’individu peut se placer au-dessus des règles lorsque celles-ci ne lui conviennent pas. Faudra-t-il dès lors s’étonner le jour ou ces mêmes étudiants, insatisfaits d’une mesure prise par leurs enseignants ou la direction de l’athénée, choisiront de se faire justice eux-mêmes ? Qu’en pense leurs collègues victimes d’agressions dans le cadre de leur fonction ?
Je ne crois pas qu’il faille “sanctionner” de manière simplement punitive une attitude comme celle-ci. Une approche plus éducative me semblerait plus appropriée. Tous (les autorités publiques, le directeur, ses enseignants, leurs élèves et les parents) doivent mener une réflexion constructive sur le sens de la norme. Peut-être pourraient-ils réfléchir à la manière la plus constructive d’améliorer le contenu du décret, tout en apprenant également qu’une norme ne peut entièrement satisfaire chacun, mais doit s’intéresser au bien-être du plus grand nombre.

Lorsqu’un enfant perd une dent de lait, la “petite souris” ou la “fée des dents” passe souvent la nuit suivante et échange la dent perdue contre un petit cadeau…

Quel est le sens de ce cadeau ? Aujourd’hui, il serait facile d’en faire un outil de promotion consumériste ordinaire. Je crois surtout qu’il y a dans le passage de la petite souris un immense message d’espoir.

La perte d’une dent de lait est pour un enfant à la fois un temps de peur (pendant tout le temps où la dent chancelle, où a gencive gonfle), un temps de douleur (lorsque nous finissons par arracher le dernier fil qui attache encore la dent à la gencive), et un temps où nous nous sentons un peu ridicule avec notre bouche défigurée. J’ai parfois l’impression que cela ressemble fort à une rupture familiale: un temps de peur (lorsque l’on sent que “ça ne marche plus”), un temps de douleur (au moment de l’annonce de la rupture) et un temps de difficulté d’insertion sociale (célibataire parmi les couples, qui nous fuit, qui nous conserve son amitié ?).

Mais le trou laissé par la dent de lait est aussi le symbole d’un apprentissage supplémentaire de la vie, d’une avancée vers l’âge adulte. Il est porteur de l’espoir d’une dent définitive, plus solide, mais qui demandera aussi à trouver son chemin, parfois aussi avec difficulté.

Dans la vie du couple, la rupture et la place vide sont aussi une opportunité de renouvellement et de créativité. C’est aussi l’espoir de pouvoir enfin recommencer quelque chose de positif. Le trou est là, il est aussi la trace de nos difficultés affectives et financières. Il ne se comblera pas d’un seul coup. Le temps, et la reconstruction vont passer par là. Mais un jour, notre nouvelle dent sera bien ancrée sur ce trou, cette expérience de la vie qui nous rendra plus fort dans notre prochaine relation.

Je voudrais tout d’abord m’excuser de mon absence de la blogosphère ces trois dernières semaines. Une grippe un peu sévère, et la nécessité de ne pas “perdre le rythme” sur mes activités de médiation et de conseil m’ont obligé à abandonner le blog pour quelques jours. Mais cette écriture-réflexion me manque trop pour que je la laisse longtemps de côté.

C’est un thème qui revient sans cesse que de comprendre comment la médiation s’articuler par rapport à la crise qui la rend nécessaire. J’entends souvent soit que “cette fois-ci, le conflit est allé trop loin, il n’est plus question de médiation” mais également “nous combattons depuis tellement longtemps qu’il serait peut-être temps de négocier”. La médiation serait-elle donc un processus réservé aux discussions amiables ou aux cas désespérés ?

Si nous cherchons à trouver une réponse dans l’intensité du conflit, les deux messages semblent contradictoire. La médiation serait en effet bénéfique quand le conflit est “peu intense” (on ne négocie plus quand le conflit est fort) mais également quand le conflit est “particulièrement long” (et que l’on s’y enfonce). Modération ou lassitude ? Je crois pour ma part que l’analyse par l’axe de l’intensité n’est peut-être pas la plus appropriée.

Quelles sont les caractéristiques de la médiation ?

  • la reconnaissance de l’existence d’un conflit: étonnamment, ce ne sera pas toujours le “même” conflit qui sera reconnu par les différentes parties, mais le conflit sur la dénomination du conflit est en soit quelque chose de négociable;
  • la volonté de se confronter à l’autre: en médiation, on ne confie pas la négociation à un tiers: le conseil, l’avocat, l’expert peuvent aider et contribuer, mais ce sont les parties elles-mêmes qui discutent, en face l’une de l’autre; en ce sens, la médiation est bien plus une confrontation que la procédure judiciaire dans laquelle les protagonistes sont moins appelé à se parler directement;
  • la possibilité, offerte par la grande confidentialité des échanges, de se dire tout ce que l’on a à se dire, et de vider complètement le conflit, en ce compris les éléments émotionnels ou collatéraux qui ont peu de chance d’être évoqués dans la procédure;
  • c’est aussi en médiation que chacun obtiendra la solution la plus proche de ses besoins: ce n’est en effet pas un tiers qui décidera de la solution, avec sa perception de ce qui est important pour les uns et les autres; ce sont les parties en conflit elle-même qui vont construire une solution qui sera conforme à leur propre perception de leurs besoins.

En relisant ces différents éléments, il me paraît tellement clair que la difficulté de la médiation ne réside pas tellement dans le fait qu’elle ne conviendrait qu’à des conflits déjà partiellement apaisés ou trainant en longueur. Cette difficulté vient plus du courage qui est requis par les parties pour accepter de se regarder en face et de s’engager - au sens militaire du terme - dans le débat. La médiation me fait plus penser au combat d’un art martial ou la victoire consiste en la construction de la séquence de mouvements qui donne à chacun la plus haute satisfaction, et ou le rôle de l’arbitre est de donner à chaque combattant la possibilité de porter ses talents au plus haut, pour réussir la construction commune de la solution.

C’est de nouveau en parcourant le blog de Victoria Pynchon que je trouve aujourd’hui une présentation qu’elle a préparé sur le sens de la confidentialité en médiation.

Il s’agit d’une présentation de type “Powerpoint” d’une quinzaine de diapositives qui met bien en évidence une série d’avantages de la confidentialité, mais également de responsabilités et d’exigences qui en découlent pour le médiateur.

Il y a un an environ disparaissait le site separation.be, animé par Benoît Van Dieren. Je reçois aujourd’hui le faire-part de renaissance du site, avec de la part de Benoît un avis de recherche de tous les articles qui étaient parus sur son site. Il a en effet perdu la plupart d’entre eux dans le crash de l’an dernier…

Je vous invite donc à rejoindre le plus rapidement possible le club des lecteurs d separation.be. C’est un site qui se veut avant tout lieu de réflexion. Il fonctionne sur le mode du blog et ne manquera pas de retrouver rapidement toute la richesse qui faisait sa réputation en son temps.

Dans nos formations en médiation, nous sommes bercés par le principe selon lequel il nous faut d’abord permettre aux sentiments de s’exprimer, et ensuite amener nos clients à regarder les faits. Ce n’est d’ailleurs qu’un rappel du premier principe de négociation de Ury et Fisher. Mais l’inverse est également vrai.

C’est Diane Levin dans Mediation Channel qui raconte cette semaine la douloureuse aventure vécue par un étudiant, aventure qui m’a rappelé une expérience vécue il y a bien longtemps, alors que j’étais en seconde année d’humanité dans un collège dirigés par les pères jésuites (pour lesquels j’ai d’ailleurs toujours gardé une grande admiration, ce qui n’empêche pas le regard critique).

J’avais décidé de présenter dans le cadre d’un cours de religion un travail comparatif et critique sur le prosélytisme des  Mormons en Belgique. Il se fait que ma mère était enseignante en religion et disposait entre autre d’une “Bible Mormone”. Je lui ai donc emprunté l’ouvrage (avec son accord et sous sa guidance) et l’ai emporté à l’internat, afin de pouvoir en utiliser des extraits dans le cadre de mon travail. Ce que j’avais perdu de vue, c’est que cet ouvrage faisait partie de la liste des ouvrages interdits par l’école.

J’eus en plus la très mauvaise idée de préparer mon travail pendant l’étude, et le surveillant constata donc que je l’avais en ma possession: confiscation, appel devant le préfet de discipline… personne ne voulut écouter mon explication. Je me retrouvai donc avec la punition la plus forte avant l’exclusion de l’école, et un immense sentiment d’injustice (tellement immense qu’il m’a suffit de lire l’article de Diane pour m’en souvenir, près de quarante ans plus tard…)

Dans cette situation, les faits avaient été examinés indépendamment de leur intention, ce qui est tout aussi dangereux et insuffisant que de se concentrer sur les sentiments sans référence aux faits.

Le monde en aura encore sans doute bien besoin… Le département des affaires politiques de l’ONU vient de mettre sur pied une équipe de 6 médiateurs de très haut vol, spécialisés en cessez-le-feu, tribunaux de transition, partage du pouvoir et conciliations constitutionnelles pour aider à résoudre les crises à travers le monde.

Merci au blog Mediator blah bla pour avoir identifié cette information. Le communiqué de presse complet se trouve ici. Ceux qui regarderons la liste des médiateurs choisis dans le groupe constateront qu’il s’agit quasiment exclusivement de spécialistes issus du monde anglo-saxon (Américains, Canadiens, Irlandais, Néo-Zélandais, et un Zimbabwéen). Aucune place pour les européens ce qui démontre bien comment la culture de la médiation à encore du chemin à faire chez nous…

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