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P1010294Si l’image choisie pour illustrer cet article contraste avec son contenu, c’est sans doute parce que cette photo a été prise dans un lieu où la présence de l’islam traditionnel est prégnante et culturellement installée.

Elle permet ainsi d’apprécier le contraste entre le sens que prend un discours lorsqu’il est tenu dans des contextes différents.

J’ai ainsi été particulièrement impressionné par deux articles parus récemment, l’un en carte blanche du journal “Le Soir” le 27 octobre dernier sous le titre “Femmes voilées: laissons-les en paix” et l’autre intitulé “Le voile, symptôme de la modernité” publié sur le réseau Voltaire.org ce 3 novembre.

Les deux articles me paraissent traiter la question du voile pour ce qu’elle est … la question du voile. Arrêtons d’utiliser toutes les formes de différences pour exorciser notre peur de l’autre. L’article du Soir me paraît remarquable en ce qu’il montre comment “les arguments invoqués pour persécuter le foulard sont d’une part aveugles à leur propre partialité et d’autre part trop peu sensibles aux conséquences qu’un brin de réflexion suffit à anticiper.”

Prenant ainsi l’exemple d’une “civilisation” dans laquelle il sied que les femmes portent jupes et talons aiguilles, et où si les hommes sortent “naturellement” torse nu sur les plages en été, il est loin d’en être de même des femmes, l’article montre  comment “Les critères de décence varient d’une culture à l’autre. Dans les sociétés libérales comme dans les sociétés musulmanes, la différenciation sexuelle de ces critères est la règle et manifeste des rapports de pouvoir complexes entre les sexes. L’obsession actuelle pour le foulard semble donc difficilement pouvoir échapper à l’objection des « deux poids, deux mesures ». Loin de défendre « nos valeurs », elle viole l’idéal de respect mutuel impartial dont se revendiquent nos démocraties libérales.’

La carte blanche adresse ensuite avec tout autant de pertinence la question de la liberté et celle des signes religieux, mettant bien en évidence qu’il ne nous revient pas de déterminer la liberté au nom d’un autre, mais que notre système éducatif devrait sans doute plus s’attacher à faire comprendre comment la liberté s’exerce. Sur la question religieuse, le débat est suffisamment ouvert que pour ne pas le trancher sans en être un expert.

L’article de la sociologue Tülay Umay sur voltaire.org commence par une remarque importante: au plus un état prend des mesures pour réduire la présence du voile, au plus celui-ci s’installe. Elle note aussi qu’il s’agit là d’un discours qui se substitue à la parole des femmes elles-mêmes. On estime d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire qu’elles parlent. Elles n’auraient rien à dire de spécifique. Elles ne seraient que de simples femmes porteuses de valeurs qui ne leur appartiennent pas, de valeurs qui seraient celles des hommes de leur communauté. Il n’y a fondamentalement pas de discours plus infantilisant et moins respectueux que celui qui se dit à la place de l’autre.

Dans le cadre de l’étude sociologique qu’elle a mené, Tülay Umay met en évidence qu’il apparaît que ce phénomène n’est pas d’ordre religieux, ni d’ordre communautaire. Lorsque l’on interroge ces jeunes femmes, ce qu’elles mettent en avant, c’est leur volonté propre, la démarche individuelle qu’elles ont faite. En fait, aujourd’hui le voile joue un rôle émancipateur paradoxal dans notre société: il est devenu présence du corps féminin, présence de la femme dans l’espace public.

Ces deux articles illustrent quelques principes fondamentaux de toute approche constructiviste et interactionnelle de la vie:

  • celui selon lequel lorsque nous pensons disposer d’une solution qui a fonctionné dans certaines circonstances, nous pouvons l’appliquer avec succès à toute situation que nous jugeons similaire (un peu comme si on disait que puisque l’on peut contribuer à éradiquer l’extrême droite en interdisant les symboles nazis, on pourrait éradiquer le terrorisme islamiste en interdisant le voile). L’expérience ne fonctionnant pas, nous choisissons de faire “plus de la même chose”, pour finir par obtenir le contraire de ce que nous recherchions: en fin de parcours, des écoles ghettos risquent de voir le jour qui généreront elles des populations totalement déconnectées des valeurs fondamentales de notre société;
  • lorsque nous interprétons les actes des autres, nous le faisons à travers notre propre système de valeur. Or, il n’existe pas de réalité objective en dehors du regard que les hommes pose sur cette réalité. Donc la réalité est toujours le fruit de la construction réflexive, et donc la “réalité objective” n’existe pas. Si nous n’acceptons pas de regarder chaque réalité par les yeux de ceux qui la vivent de la manière la plus intense, nous risquons de prendre des décisions dont nous ne mesurons pas toujours l’impact.

Toute cette approche respectueuse du point de vue de chacun devrait être au centre d’une approche médiatrice d’un conflit comme celui qui se pose aujourd’hui. Et si une décision juridique devait s’imposer dans le futur, la plus prudente serait sans doute celle qui permettrait à chacun de repartir à zéro, en reprenant le slogan de mai 68: “il est interdit d’interdire“. Le mérite principal d’un tel changement serait de couper radicalement l’herbe sous les pieds de tous les extrémistes qui essaient de tirer parti de ce faux débat.

C’est une interview du député français Jean Léonetti, dans l’hebdomadaire “L’express” de cette semaine, qui a retenu aujourd’hui mon attention.

Indépendamment de la controverse sur la place des parents homosexuels dans la séparation, un long chapitre de cette interview met particulièrement bien en évidence le rôle de la médiation familiale. Malgré quelques petites approximations, il est intéressant de lire les réflexions suivantes:

Chaque situation étant différente, le médiateur peut évaluer en fonction de chaque histoire les requêtes des familles. On s’est inspiré pour cela du droit canadien qui essaye de trouver une solution qui va dans le sens du bien-être de l’enfant et qui désamorce les conflits. La médiation est la seule façon d’apaiser les conflits au cas par cas et de ne pas figer le droit.

Cette idée de ne pas figer le droit me parait essentielle. L’évolution de la co-parentalité lorsque le couple parental est séparé requiert une immense souplesse. Comment définir de manière rigide ce que devra devenir le rôle de chaque parent dans trois, cinq ou quinze ans ? Les discussions approfondies entre les parents dans le cadre d’une médiation permettent généralement de dégager des principes directeurs qui permettront plus tard de faire les meilleurs choix pour les enfants sans pour autant avoir du les bétonner dans un jugement ou une loi dès la séparation.

De plus, comme l’explique plus loin le député français,

La médiation offre beaucoup de souplesse. Elle correspond mieux à la diversité des situations: les couples recomposés, les couples homosexuels, les enfants élevés à la fois par un parent et son frère… L’important c’est que l’enfant se sente bien avec un tiers, quel qu’il soit. La médiation permet de trouver des solutions adaptées à chaque famille.

La solution de médiation est donc idéale pour les situations qui impliquent des enfants et de la coparentalité. L’expérience canadienne qui exige une tentative de médiation dans toute séparation d’un couple ayant un ou des enfants mineurs montre bien tous les avantages de la médiation: des accords mieux respectés, à un moindre coût, et ou chacun repart en ayant l’impression d’avoir fait du “bon travail” dans l’intérêt des enfants. Et même une possibilité d’entendre et d’impliquer les enfants dans le processus tout en garantissant qu’ils gardent bien leur place d’enfants et qu’ils ne se sentent pas érigés en arbitre du conflit de leurs parents.

3d-view-masterLes plus expérimentés d’entre nous se souviennent sans doute de ce merveilleux jouet qui a bercé notre enfance: le 3D ViewMaster. Je me souviens d’avoir visité de nombreux monuments historiques, traversé des contrées fantastiques, partagé  les jours de Bambi et de Mowgli, tout cela en 3 dimension, en faisant tourner les merveilleux petits disques blancs dans leur drôle de lunettes, et en cherchant toujours la meilleur luminosité.

Le principe de fonctionnement du ViewMaster était d’une simplicité étonnante: offrir simultanément à chaque oeuil une vision légèrement différente de la même scène. Les images étaient pourtant statiques, mais déjà plus réelles que celles que l’on trouvait dans les albums de couleurs racontant les mêmes histoires.

C’est en rajoutant différentes dimensions à un récit que nous lui permettons de se rapprocher d’un modèle de réalité. La photo ou le dessin nous donnent une première image de ce que pourrait être les faits. Ils en sont une première interprétation. La seconde image du viewmaster photographie la même “réalité” avec un léger décalage dans l’espace. C’est en demandant à nos deux cerveaux de se concerter pour construire une vision commune que le ViewMaster transforme ces deux images en un seul univers tridimensionnel.

En regardant l’image en 3D à côté de sa sœur en 2D, nous nous rendons compte que nous sommes plus proches de “la réalité”. Une autre approche plus fine de la réalité nous est donnée en nous présentant une succession d’images fixes et en jouant sur la capacité de notre cerveau à les interpoler pour obtenir une “image mobile”. Fondamentalement, le cinéma nous semble une meilleure approximation de la réalité que l’image fixe. Combiner la vision stéréoscopique avec la succession d’image nous donne le cinéma 3D. La même démarche peut se faire au niveau du son: muet, commenté, monophonique, stéréophonique, 3D, Surround, que sais-je encore. Plongez vous au coeur du gouffre de Helm Deep au moment de la bataille dans le “Seigneur des Anneaux” et vous “croyez y être”.

Et pourtant, vous y êtes moins que jamais. Helm Deep est une pure fiction, aucune réalité ne correspond à ce modèle. En sophistiquant nos méthodes pour approcher de la réalité, nous avons créé une plus grande fiction.

Lorsque nous communiquons en essayant de donner une image aussi vraie que possible de la réalité (que nous avons perçue), nous ne faisons que construire un modèle toujours plus réducteur de la réalité – car c’est celui de notre réalité, qui éclipse celle des autres. Pour avoir une conversation enrichissante avec quelqu’un d’autre, une des conditions essentielles est de pouvoir se détacher de notre perception de la réalité pour embrasser celle de l’autre. Ce n’est qu’alors que nous pouvons commencer à coopérer.

Si deux personnes sont chacune d’un côté d’un même mur et le poussent pour qu’il “tienne debout”, au plus elles poussent (elles défendent leur perception de la réalité) au plus elles risquent si l’une des deux faiblit, de faire s’écrouler tout le mur. Si chacune d’entre elle relâche la pression pour essayer de coopérer au travail de l’autre, alors la médiation entre les deux peut aider à grandir ensemble.

Nous essayons tous les jours de mettre ces principes en application dans la gestion des conflits et dans notre support au mieux-être de nos clients.

Mettez vos ressources en action !

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Lorsqu’un problème se pose à nous, une tendance que je retrouve souvent en thérapie est d’entendre les gens m’expliquer qu’ils ont cherché partout la solution à ce problème. Tel couple a lu tous les livres sur les relations du couple (en particulier Mars et Venus), a vu tous les DVD sur le sujet (en particulier Mars et Venus…), a assisté à toutes les conférences (ou les pièces de théâtre). Ils ont essayé toutes les recettes (souvent excellentes au demeurant) que l’on trouve dans ces livres, ces films et ces conférences… Mais ils n’y arrivent pas.

On m’a rappelé aujourd’hui une vieille histoire qui illustre bien ce problème (Merci à Luc Galopin pour la vidéo en anglais sur le sujet).

Il fait nuit. Un homme se prépare à quitter sa maison. Il prend les clés de sa voiture sur le buffet et fait deux pas en arrière. A ce moment, une panne de courant plonge toute la maison dans le noir absolu. Il trébuche, tente de se rattraper et pour cela lâche ses clés. (Vous vous préparez à faire quelque chose, pour cela, vous avez besoin d’une compétence – les clés – mais un incident vous fais “perdre vos moyens”)

L’homme est maintenant à quatre pattes, cherchant à tâtons à trouver ses clés. Peine perdue, dans le noir il lui est impossible de les localiser. Finalement en passant dans une autre pièce de sa maison, il constate que dans la rue, l’éclairage public fonctionne (Il semble qu’il existe quelque part une solution pour votre genre de problème) Il décide donc de sortir et de chercher ses clés dans la lumière de l’éclairage public. (Vous vous renseignez sur “comment résoudre votre problème”).

Le voisin de l’homme rentre chez lui et le voit en train de chercher. Il lui demande ce qu’il cherche. Il répond qu’il recherche ses clés (vous envisagez votre problème en dehors de votre propre contexte). Son voisin se met à chercher avec lui pendant de nombreuses minutes puis, constatant que l’homme cherche dans toutes les directions, il finit par lui demander où il a perdu ses clés. (C’est le regard extérieur qui peut vous aider à contextualiser votre problème, à en identifier les éléments les plus importants).

Le voisin peut alors lui dire que lui dispose d’une lampe torche et qu’ils pourraient aller chercher ensemble… dans la maison.

La leçon à retenir est pour moi très simple. Elle est au cœur de notre pratique chez interactes. Si vous pensez que la solution à votre problème se trouve en dehors de vous, vous devrez la chercher pendant très longtemps. Pour changer les autres, il faut commencer par se changer soi-même. Mais c’est vrai que nous sommes très mal programmés pour un tel travail. Le regard du thérapeute est précisément cette lampe torche qui vous permettra de poser les bons outils (que vous connaissez) au bon endroit (qui lui, se cache en vous et se protège de toute attaque extérieure). Dans le cadre des thérapies brèves, vous découvrirez comment vous pouvez faire ces quelques modifications qui changent réellement le cours des choses.

Depuis de nombreuses annéiStock_000002979780XSmalles, certains spécialistes des théories de l’apprentissage nous enseignent “l’apprentissage sans erreur”, une technique d’enseignement ou d’étude qui consiste à “driller” l’étudiant à la bonne réponse de manière répétitive. Une série d’études récentes, réalisées à UCLA (Etats-Unis) met en évidence l’avantage de l’apprentissage par l’erreur en comparaison avec cette technique.

Un des tests effectués consiste à demander à un étudiant de “trouver un mot particulier” associé avec un mot donné (par exemple “étoile”) et d’avoir défini comme bonne réponse un mot “faiblement associable” (par exemple “nuit”, qui n’est donné spontanément  que dans 2% des cas). On donne 8 secondes à l’étudiant pour trouver le mot, puis on lui donne la bonne réponse et on repose la question en laissant 5 secondes pour répondre. Dans le groupe témoin, on annonce dès le départ que l’association est “étoile-nuit” et on donne 13 secondes pour trouver le mot associé à “étoile” (soit le total des 8 + 5 secondes donnés au groupe testé). Le constat est que le taux de bonnes réponses est de 10% plus élevé dans le groupe test que dans le groupe témoin…

Un autre test portait sur une lecture à propos de laquelle un question allait être posée. Dans le groupe test, on pose la question avant de faire lire le texte, ensuite, on fait lire le texte et on repose la question. Dans le groupe témoin, on fait lire directement le texte, dans lequel la bonne réponse est mise en évidence (par exemple, texte en caractères gras). Le constat est le même: le groupe test obtient 10% de bons résultats en plus.

Un article récent (en anglais) de Scientific American reprend l’ensemble de ces expériences.

La leçon à tirer de ces expériences: nous apprenons plus quand nous pouvons corriger nos propres erreurs que lorsque les solutions nous sont présentées “toutes cuites”. C’est un peu l’approche que nous avons dans le cadre des thérapies brèves chez interactes. Nous établissons avec nos clients la stratégie qui va leur convenir à travers une série d’essais qui parfois mènent à des erreurs. Nous avons alors un excellent matériel pour apprendre. En effet, lorsque nous obtenons un résultat positif, comment être certain que ce n’est pas un hasard heureux ? Alors que si nous avons un élément qui nous indique ce qui génère un résultat négatif, nous apprenons déjà ce qu’il ne faut pas faire, et c’est souvent un des apprentissages fondamentaux de la vie.

En médiation également, nous pouvons profiter de cette technique d’apprentissage. Au contraire des situations réglées par un jugement ou une procédure d’arbitrage, une médiation permet d’essayer les solutions avant de les formaliser dans des accords. On verra par exemple que ces essais sont très utiles en médiation familiale de séparation, pour trouver les meilleures solutions aux questions d’hébergement ou d’autorité parentale.

art.balloon.landing.kusaIl se fait que je passe pour le moment quelques jours de l’autre côté de l’Atlantique. Et qu’en regardant CNN, “prime time”, une des émissions les plus regardées de tous les Etats-Unis, j’apprends que l’on recherche désespérément un petit garçon de 6 ans, qui serait tombé d’un ballon gonflé à l’hélium qui passait… dans son jardin !

Une heure et demie plus tard, qu’est l’histoire devenue ? “C’est un immense soulagement, c’est une grande nouvelle, celle pour laquelle nous avons tous prié depuis plus d’une heure, on vient de retrouver le petit garçon sain et sauf” (Wolf Bleezer, présentateur du “Situation Room” sur CNN).

Que s’est-il réellement passé? Il y avait un petit garçon que les parents ne retrouvaient plus. Il y a un ballon à l’hélium qui passait pas trop loin de là. Il y a un photographe amateur qui a photographié le ballon et un objet qui s’en détache…

Quelles leçon tirer de cela ? Nous sommes particulièrement habiles à assembler des images disparates pour construire une histoire émouvante. L’histoire est intéressante parce que les “blancs” à remplir étaient ici tellement énormes que le travail effectué par les journalistes relève de l’amateurisme pur. Savoir qu’à partir d’éléments aussi épars, aussi peu confirmés, nos journalistes professionnels sont capables de “sortir” des romans aussi édulcorés fait peur. Quelle est la qualité de l’information que nous recevons et surtout, comment gardons nous un regard critique ? Les faits… toujours et strictement les faits. Il y a un garçon qui a disparu. Il y a un ballon gonflé à l’hélium. Un objet s’est détaché du ballon. Quand le petit garçon s’est rendu compte qu’on le cherchait, il a pris peur et s’est caché dans une boîte, au grenier du garage de sa maison. Et tout le reste, c’est du roman.

Apprenons à porter un regard critique sur les histoires que nous nous racontons en nous concentrant uniquement sur les faits que nous avons observé.

Cigarette, alcool, toxicomanie... approche différente

Cigarette, alcool, toxicomanie... approche différente

Mettre fin à une dépendance ne doit pas vous faire tomber dans une autre, tout en vous permettant de renoncer sur la durée.

Les dépendances sont des maladies. Elles revêtent un caractère physique et souvent un caractère psychologique. Si le caractère physique de la dépendance peut souvent être soigné par des produits moins toxiques (patches de nicotine, valium, metadone,…) si ces produits sont maintenus sur le long terme, ils deviennent eux aussi une nouvelle prison pour le malade. Car si il arrête son produit de substitution sans autre assistance, il risque de se retrouver démuni à la première occasion de “retomber”.

L’approche que nous développons chez Interactes est basée sur les thérapies brèves, stratégiques et solutionnistes. Elles peuvent faire appel à des techniques spécifiques comme l’hypnose, sans pour autant que cela soit d’une absolue nécessité. Ce qui les caractérise c’est leur approche par changement d’habitudes.

Vivre est une suite d’habitudes. Respirer est une habitude, manger est une habitude, répondre “bien, bien,…” quand on nous dit “Comment allez-vous ?” est une habitude. La plupart des habitudes sont là pour nous aider à survivre. Nous les avons apprises parce qu’elles nous font du bien et nous les conservons puisqu’elles “fonctionnent”. Boire un verre est agréable, fumer une cigarette nous donne un statut social. La répétition du plaisir crée l’habitude. Les neuro-sciences nous apprennent qu’une pratique répétée régulièrement pendant trois semaines devient une habitude. Il n’en faut pas plus à un fumeur ou un buveur pour devenir dépendant.

Changer, c’est remplacer une habitude par une autre habitude. Mais si une habitude peut en remplacer une autre, elle ne peut pas l’effacer. C’est pourquoi le fait d’arrêter de boire, de fumer ou de consommer des stupéfiants n’est pas en soi une solution. Il faut remplacer l’habitude non désirable par une autre, désirée et désirable. La plus grande partie du travail du thérapeute va être d’aider son patient à mettre en place un désir d’une autre habitude.

Il me semble important d’insister sur ces deux mots: “désir” et “autre”. L’absence de désir tue toute chance de changement. Un changement pour le simple “plaisir” de changer n’a aucune chance de perdurer. Et le désir de changer n’est pas une motivation suffisante pour tenir le cap, puisqu’il disparaitra dès le résultat atteint. Un désir n’a de sens que si il peut continuer à nous “tirer” plus loin, si il fuit sans cesse, tout en restant à portée de la main.

Le mot “autre” habitude est fondamental. Changer d’habitude, c’est passer d’un type d’habitude vers un autre type d’habitude. Toute l’habileté du travail thérapeutique consiste à aider le patient à trouver une forme d’habitude essentiellement différente de l’habitude qui s’est consacrée par la dépendance. C’est ainsi que passer d’une dépendance à un produit à une dépendance à un autre produit (par exemple le médicament de sevrage ou de désensibilisation) n’est pas une solution durable. Elle ne transforme pas le désir de répétition par autre chose. Le patient change de restaurant, mais il reste à bord du Titanic.

Voilà pourquoi je préfère parler d’un traitement dont l’objectif est l’indépendance (la non-dépendance) et la restauration du choix (d’arrêter, de contrôler, de faire autre chose) plutôt que d’une cure de désintoxication, qui ne correspond pas à la mise en œuvre d’un vrai choix pour le patient.

Comme des centaines de millier de personnes, j’ai regardé hier l’émission spéciale programmée par France 2 sur le thème Se libérer de l’alcool. Après avoir vu cette émission qui apporte son lot de témoignages remarquables, je reste également avec quelques questions et quelques idées à travailler.

J’ai trouvé l’émission globalement bien “ficelée”, et faisant preuve d’un certain courage dans un pays où la consommation de boissons alcoolisées est souvent considérée comme une norme et l’alcoolisme comme une “tare” résultant d’une incapacité à se contrôler. Il n’y a pas d’addiction plus intégrée socialement que l’alcool. Alors que l’opinion publique occidentale est aujourd’hui largement consciente des dégâts réels causés par le tabac, les stupéfiants et même l’abus de médicaments, bien peu de gens admettent aujourd’hui avoir un problème de consommation ou de dépendance à l’alcool.

Ainsi, un premier point qu’il me paraît indispensable de rappeler, c’est la norme aujourd’hui établie par l’OMS pour déterminer une consommation problématique d’alcool. Que chacun fasse le test pour lui même, il est d’une simplicité étonnante:

  • si vous consommez plus de 21 doses (homme) ou 14 doses (femme) d’alcool par semaine, ou
  • si vous consommez parfois plus de 6 doses (homme) ou 4 doses (femme) d’alcool en une seule séquence (repas, soirée), ou
  • si il vous arrive de boire tous les jours au moins une dose d’alcool par jour pendant 7 jours d’affilée

alors vous êtes vraisemblablement confronté à une consommation problématique d’alcool.

Une information intéressante qui fut passée pendant l’émission sur la “capacité à arrêter” invoquée par de nombreuses personnes (“je suis capable d’arrêter quand je veux, donc je n’ai pas de problème”): si vous tenez un tel discours, faites le test suivant: arrêtez de boire pendant une semaine complète et posez vous la question de savoir si vous vous réjouissez parfois à l’idée “qu’il n’y a plus que x jours à attendre avant de reboire un verre”. Si vous avez cette pensée, désolé, il faut revenir à la case “problème”.

Un autre point soulevé par l’émission est celui des différents traitements possibles. Mon expérience de thérapeute à la fois confirme et est parfois différente de ce qui a été dit:

  • ce n’est que très rarement que le désir d’arrêter de boire peut fonctionner pour mettre fin au problème; il faut une motivation qui va au-delà de l’arrêt. C’est normal, la boisson reste en soit une solution à un problème, quand l’alcool (devenu lui-même problème plus important) aura disparu, le problème sous-jacent réapparait. Et si aucune autre solution n’est mise en place… l’alcool redevient une solution !
  • les cures de désyntoxication qui ne sont pas suivies d’un accompagnement psychothérapeutique ont très peu de chance d’aboutir: la raison est exactement la même qu’au point précédent. Sans accompagnement après la cure, les problèmes sous-jacents et les tentations reprennent leur place dans la vie de tous les jours, et donc les tentations de solutions qui ont fonctionné (par exemple l’alcool) reviennent aussi au premier plan.
  • sortir de l’alcool par une solution qui crée une dépendance aux médicaments n’est pas une solution. Les interlocuteurs de l’émission ont donné une très belle définition de cette situation: vous changez de place sur le Titanic, ça ne l’empêche pas de couler, et vous, vous êtes toujours à bord. Retour donc à la case accompagnement.
  • le gros défaut de cette émission, c’est selon moi d’avoir tenté de présenter comme une solution miracle un médicament qui n’a toujours pas fait ses preuves et dont les effets annexes ne sont toujours pas compris aux doses qui semblent créer un désintérêt pour l’alcool. De plus, le fait qu’un médicament crée une “inappétence” pour l’alcool pose selon moi une double interrogation: quelle autre inappétence éventuelle crée-t-elle (et donc dans quelle mesure cette solution ne revient-elle pas à “lobotomiser” celui qui l’utilise), et surtout, on crée là une dépendance vis-à-vis du médicament qui pourrait elle aussi se révéler n’être qu’un “déplacement dans le Titanic”.

Chez interactes, nous acceptons en thérapie des personnes qui souffrent de dépendance à l’alcool. Nous travaillerons de concert avec le médecin pour ce qui est du sevrage initial, et par la suite, ce que nous travaillerons – plus encore que l’indépendance par rapport au produit – c’est le désir d’une solution au problème sous-jacent. Une dépendance est une forme de solution à un problème. Tant qu’une autre solution n’est pas en place, la dépendance restera pour combler le trou laissé béant par le problème.

L'initiatrice

L'initiatrice

Au théatre “Le Public” se joue pour le moment la pièce “L’initiatrice”. L’argument ? Une jeune femme africaine, sauvée de l’excision par sa soeur, et rejetée de sa communauté, s’enfuit en Belgique et se cache dans l’appartement d’une femme blanche, en Belgique. Cette femme, médecin, a autrefois aidé la mère de sa visiteuse inattendue qui pratiquait l’excision en Belgique en lui apprenant à “hygiéniser” sa pratique.
Le débat ? faut il interdire par la loi une pratique qui touche 85% d’une population, au risque de ne pas disposer des moyens de faire appliquer cette loi ou faut-il avancer par “petits pas”, aux risques de continuer à cautionner des pratiques inhumaines ?

Le texte, rempli à la fois de sensibilité et de violence, est remarquablement servi par deux actrices qui donnent toutes leurs émotions pour rendre impossible la réponse à la question. Est-ce l’intellectuelle blanche qui convaincra la “femme entière” qui s’est libérée du joug de ses ancêtres ? Est-ce la nouvelle mère africaine qui retournera au village poser les fondements d’une société libérée de ses pires pratiques ?

A voir en tous cas…

Le récent discours de Barak Obama à la tribune des nations unies souligne à la fois la nécessité de négocier avec la Corée du Nord et l’Iran sur la question du développement par ces pays d’un arsenal militaire nucléaire.

Les réactions ne se sont pas faites attendre de toutes parts, et le nombre de messages sur les forums internet montre l’intérêt de la population pour ce problème. En tant qu’observateur des modes de négociation, j’ai pour ma part été frappé par l’ensemble de l’approche du président américain. Et je crois qu’il est important de ne pas isoler deux messages importants, qui apparaissent clairement dans l’extrait du discours que je vous propose:

Il y a d’abord une invitation ferme à la réduction générale de l’arsenal nucléaire, et un engagement tout aussi ferme de sa part d’être à la pointe d’une telle réduction, le tout assorti d’un projet ambitieux. On connaît l’homme pour la hauteur à laquelle il place les barres qu’il veut sauter… Il se donne également un terme pour avancer: un an. Si des résultats significatifs ne sont pas engrangés dans l’année qui vient, il devra considérer lui-même qu’il s’est en quelque sorte mis lui-même en échec. On sait également que son pire ennemi dans ce genre de situation, c’est son propre système politique, qui peut paralyser les meilleures décisions et les sacrifier sur l’autel de l’intérêt des grands centres de recherche financés par les projets militaires…

Mais retenons donc cette intention, qui va de pair à une main clairement ouverte à la Fédération de Russie pour avancer en commun sur ce chemin. On attendra de voir la réponse russe, mais on peut supposer que la proposition n’a pas été faite sans un minimum d’assurances sur ce qu’en diront messieurs Medvedev et Poutine.

Le deuxième temps de la proposition de Barak Obama est lui aussi intéressant. La phrase peut paraître anodine, mais elle a tout son sens: il rappelle qu’il ne s’agit en rien de stigmatiser des nations individuelles dans leur souci d’assurer leur sécurité. Le président sait à ce moment que les phrases qui vont suivre seront les plus dures. Il est indispensable de donner à ceux qui devront y répondre une possibilité de ne pas perdre la face – et cela n’est pas gagné. J’y reviendrai plus tard.

Troisième temps: la demande adressée à l’Iran et à la Corée du Nord. Je dois dire que cette partie de l’intervention me pose plus de problème, car on en retient plus facilement l’aspect menace de sanction que celui qui consisterait à demander à ces pays d’émettre des propositions qui permettraient de rassurer l’ensemble de l’opinion publique que eux aussi s’engagent dans la voie de la dénucléarisation militaire. Car c’est bien là une des clés de l’art de négocier: laisser l’autre faire la proposition que l’on ne peut refuser. Quand Mr Obama propose de supprimer son arsenal nucléaire, c’est une proposition que peu de pacifistes peuvent refuser. Quand il tente de proposer ou dicter un programme à ses adversaires, il leur coupe toute possibilité de réagir à la fois positivement à la demande, tout en restant maître du jeu chez eux.

En fait, le danger d’une telle négociation, c’est de poursuivre à travers la demande de dénucléarisation une politique de déstabilisation du régime iranien. Entendons nous bien, je n’ai à titre personnel aucune sympathie pour le régime des Ayatollas, et je suis prêt à m’investir pour aider les iraniens à trouver les libertés qu’ils n’avaient pas sous le régime du Shah et ont encore moins aujourd’hui. Je pense simplement que cette évolution est un processus qui doit venir de l’intérieur, alors que la discussion sur l’arsenal nucléaire est clairement une question internationale. Que pourrait-il y avoir de plus regrettable que de voir le régime de Téhéran “tomber” parce qu’il a cédé au moratoire nucléaire qui lui est imposé ? Cela voudrait-il dire que ceux qui remplacent le gouvernement actuel… prônent le retour à une puissance nucléaire ?

Barak Obama tient souvent un langage de médiateur. Je suis curieux de voir comment celui-ci sera entendu par les principaux protagonistes du débat en cours…

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