Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for août 2007

Comme tous les cas réels présentés dans ce blog, les noms et certaines circonstances de cette histoire ont été modifiés afin de garantir l’anonymat des participants.

J’ai rencontré Myriam et Noël pour la première fois il y a maintenant près d’un an. Ils venaient alors de se séparer et Myriam m’avait demandé de les aider à faire le point sur leur couple et de les aider à décider de la suite à donner à leur relation.

Noël était arrivé en Belgique, en provenance d’un pays du tiers monde il y a quelques années. Au moment de sa rencontre avec Myriam, il approchait de la fin de sa procédure de naturalisation. Tout indiquait qu’il serait sous peu citoyen belge à part entière. Le mariage avec Myriam était demandé par Noël, sur base de ses convictions religieuses. Myriam qui ressortait d’un divorce, ne tenait pas particulièrement à ce mariage, mais l’a accepté car c’était pour elle la seule manière de pouvoir vivre avec Noël.

La séparation était intervenue deux ans plus tard, suite aux reproches mutuels que se faisaient Myriam et Noël sur leur répartition des tâches et responsabilités domestiques et financières. Le couple s’était entretemps fortement endetté, mais arrivait désormais à rembourser ses dettes.

Les premières rencontres permirent de mettre en évidence qu’au coeur du problème, il y avait un problème de confiance mutuelle. Cette blessure était particulièrement profonde dans le chef de Noël, mais c’est pourtant Myriam qui prit l’initiative de confirmer la volonté de mettre fin au mariage.

Dès le début de la médiation, il était clair que tous deux voulaient avant tout régler leur problème directement, même si ils savaient que de grosses contraintes financières allaient les obliger à trouver des solutions originales. Grâce à leur créativité, ils élaborèrent ensemble un plan financier leur permettant de régler leurs dettes en séparant les responsabilités. Il leur fallut ensuite rechercher une solution qui leur garantissait de ne pas se retrouver à payer les dettes de l’autre. La volonté était réelle d’y arriver, et ils ont fini par trouver l’ensemble de leurs solutions.

Alors que nous nous préparions à rédiger la version finale des accords, Noël revint cependant avec une question qu’il n’avait pas voulu poser depuis le début: il voulait savoir quelles traces de sa vie restaient en la possession de Myriam, et comment il pourrait avoir un peu de contrôle sur ces traces (par exemple, les photos de vacances). Myriam a alors proposé d’avoir une discussion spécifique sur ce sujet, et est revenue avec des propositions très concrètes.

C’est ainsi que leurs accords de divorce comportent une section spécifique sur la propriété et l’usage qui peut être fait des photos de Noël qui se trouvent chez Myriam, et vice-versa.

Il y a un mois, Noël et Myriam ont franchi pour la dernière fois la porte de mon bureau. Peu leur importe la nouvelle loi sur le divorce. Ils ont maintenant le sentiment d’avoir créé le cadre dans lequel ils pourront recommencer le prochain chapitre de leur vie…

Read Full Post »

Je lisais ce matin dans le journal néerlandophone "De Morgen" un article présentant la nouvelle loi sur le divorce qui entre en application le 1er septembre. Il ressort de l’interview du journaliste avec une avocate familialiste flamande que la loi est en particulier attendue par les personnes désireuses de divorcer sans passer par une procédure de consentement mutuel.

En effet, la nouvelle loi réduit les "formes" de divorce à deux cas spécifiques:

  • le divorce par consentement mutuel pour lequel peu de choses changent (les conditions d’âge et de durée du mariage disparaissent ou sont réduites);
  • le divorce pour cause de mésentente irrémédiable qui couvre l’ensemble des autres cas.

L’intérêt de la nouvelle loi pour les demandeurs de divorce est de réduire le délai de séparation qui crée la présomption d’irrémédiabilité de la mésentente. En gros, il vous fallait être séparés depuis plus de deux ans, un an seul est désormais nécessaire.

Un autre intérêt de la nouvelle loi est de réglementer de manière plus précise le versement des pensions alimentaires. La notion de faute grave – qui doit être prouvée par tout moyen de droit – n’a ainsi d’incidence que parce qu’elle permet d’éviter à la partie offensée de verser une pension personnelle à l’offenseur. Les pensions elles-mêmes seront souvent moins élevées que par le passé, et leur durée limitée au maximum à la durée du mariage.

Si cet encadrement plus formel du divorce facilitera le règlement des situations "guérières", elle réduit considérablement la marge de négociation des ex-partenaires. C’est pourquoi il nous semble que l’approche médiation devient encore plus indispensable pour ceux qui veulent garder le contrôle de leur vie future.

Si les tribunaux sont de plus en plus contraints à suivre les directives de la nouvelle loi sur les divorces, seul le divorce par consentement mutuel permettra aux futurs divorcés de garder le contrôle sur leur avenir personnel.

En passant par une médiation familiale, le couple en voie de séparation peut continuer à définir lui-même l’ensemble des règles qui vont régir leur séparation. Ils gardent le plein contrôle des décisions qu’ils prennent pour eux-mêmes, pour leurs enfants et pour leurs biens communs. Et comme c’est déjà le cas aujourd’hui, leurs accords devront être entérinés par le juge des divorces.

De plus, on ne répétera jamais assez que la confidentialité des débats que seule offre la médiation familiale est également garante d’une transparence dans les décisions entre les parties. Chacun sait vraiment pourquoi une décision a été prise. Il en connait l’intérêt pour lui et pour les autres personnes concernées. Il respectera donc plus facilement des accords qu’il a écrit lui-même et qui ne lui ont pas été imposés.

Read Full Post »

Au coeur de toute médiation, il y a en général de nombreuses négociations:

  • négociation pour le contenu de la médiation: de quoi allons-nous discuter ?
  • négociation pour chaque point du contenu: quelle solution construire ensemble ?
  • négociation sur la forme à donner aux accords: homologation judiciaire ou non ?

De mon expérience il ressort qu’une médiation réussie est une médiation dont les négociations ont été préparées par les différents intervenants dans un esprit constructif. Et je crois que cette approche est vraie pour toute négociation.

Mais qu’est-ce que cela veut dire "un esprit constructif"?

Lorsque nous sommes dans un conflit, il est important de faire la différence entre les faits et les sentiments que ces faits nous inspirent. Les uns comme les autres doivent être reconnus et traités. Les et les autres doivent cependant être dissociés pour permettre les progrès de la négociation.

Les sentiments doivent être exprimés. Cette phase de la médiation demande une préparation particulière, tant pour celui qui écoute que pour celui qui parle. Chacun doit être prêt à écouter les blessures que l’autre a reçues, sans chercher à se justifier. Reconnaître que ce que l’on a fait a causé des blessures à l’autre, ce n’est pas nécessairement reconnaître une culpabilité. Dans un couple, celui qui annonce à l’autre qu’il le quitte doit pouvoir reconnaître qu’il crée peut-être ainsi une insupportable douleur chez son partenaire. Ce n’est pas pour cela qu’il est "coupable" de cette douleur. Et pouvoir s’entendre dire la douleur que l’on a causé chez l’autre est indispensable, et ne représente pas en soi une acceptation de culpabilité. Etre responsable d’un acte n’est pas la même chose qu’en être coupable.

Celui qui exprime un sentiment doit donc se préparer à l’exprimer de manière claire, et autant que possible en utilisant une formulation qui ne soit pas en même temps un aiguillon de la colère de celui qui va devoir écouter. Pour cela, les règles de la communication non violente, si bien présentées par Thomas d’Ansembourg, sont un bon outil.

Celui qui va devoir écouter doit lui aussi se préparer. Malgré tous les efforts que fournira sa ou son partenaire dans la médiation, certains sentiments sont tellement difficiles à exprimer (et nous sommes si peu experts en communication non-violente) que nombres de flêches risquent de l’atteindre et de le faire bondir.

Le locuteur comme l’auditeur devraient d’ailleurs pouvoir compter sur le médiateur pour les aider dans ce dialogue. En début de médiation, celui-ci jouera souvent le rôle d’intermédiaire dans le dialogue, demandant à l’un de lui exprimer son sentiment tout en demandant à l’autre de ne pas réagir de suite. Le médiateur reformulera alors une première fois ce qu’il a entendu et demandera à celui qui a parlé si sa reformulation est exacte. Combien de fois n’ais-je pas entendu l’autre (celui qui écoute) me dire alors: "ce que vous venez de répéter, ce n’est pas ce qu’il ou elle vient de dire" ! Tout simplement parce que mon inconscient de médiateur ne connaît évidemment pas les mots qui font mal et que donc je ne les utilise pas nécessairement.

Les faits doivent faire l’objet d’un consensus. On peut ne pas être d’accord sur le fait que "X est un escroc"… on ne peut nier que "X a envoyé une facture de 40% plus élevée que le devis initial". Et sur les faits également, il est important de bien se préparer avant une médiation.

La médiation a cette caractéristique particulière qu’elle est totalement confidentielle. Nul ne pourra invoquer devant une Cour ou un Tribunal les informations échangées pendant la médiation. La médiation est aussi bien plus qu’un simple marchandage. Il ne sert à rien de venir en disant "Je veux 2000 euros d’indemnité" si l’on sait que l’adversaire ne peut en payer que 1000. Cela ne peut que rendre ce dernier plus énervé et moins disponible.

Venir en médiation, c’est être prêt à exprimer une demande en termes de besoins: "J’ai besoin de pouvoir garantir à nos enfants, quand ils seront à la maison, un confort équivalent à celui que tes revenus te permette de leur garantir quand ils sont chez soi" est une demande totalement différente de "Je veux 500 euros de contribution alimentaire par enfant". Je me souviens ainsi d’un couple où les différences de patrimoine et de revenus entre l’épouse et le mari étaient énormes. Dans leur convention de divorce, quand la demande de madame est passée d’une demande de pension alimentaire élevée à une demande de maintien de niveau de vie pour les enfants, la négociation s’est complètement transformée. Le père a proposé d’autres compensations financières que la pension alimentaire, qui représentaient finalement une plus grande valeur pour la mère, tout en procurant des avantages fiscaux importants pour le père, et en offrant non seulement aux enfants, mais également à la mère, un maintien de sa situation financière et sociale.

En séparant les sentiments des faits, tout en reconnaissant l’importance des uns comme des autres, la médiation permet aux parties en conflit de trouver les arrangements qui leur permettront de chercher ensemble de nouvelles perspectives.

Read Full Post »

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.