Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for juin 2007

Dans une publication précédente, j’avais annoncé avoir demandé aux états-majors des partis politiques leurs positions respectives quant à la place de la médiation dans leur programme.

J’ai eu l’occasion entretemps de publier une étude qui a été lue par plus de 500 médiateurs belges et dont les principales conclusions seront présentées aux membres de l’Union Belge des Médiateurs Professionnels ce 26 juin 2007.

En voici les principales conclusions… 

La médiation, un mot-valise dans la bouche des politiques, avec des significations diverses et variées

En examinant les programmes des quatre grands partis démocratiques francophones, on est d’abord frappé par la présence parfois massive de la terminologie autour de la médiation. Cela va d’un "petit"15 citations des mots médiation et médiateur au MR, jusqu’aux 47 citations, traversant 80% du programme du cdH.

Mais derrière ces chiffres se cache une autre réalité. La médiation est ainsi perçue par certains partis comme un philosophie de la vie, alors que d’autres ont une vision très utilitariste du concept. Une phrase comme "avec le relâchement des liens familiaux et sociaux, avec la disparition des personnes de référence qui, par le passé, intervenaneitn pour atténuer ou résoudre les conflits, toute une série d’espaces de médiation se sont estompés…" on ne se situe pas tout à fait sur la même longueur d’onde que lorsque l’on lit "Le recours aux tribunaux est une entreprise émotionnellement pénible, financièrement coûteuse et souvent trop longue".

Il ne faudrait cependant pas tomber dans le machiavélisme: si certains ne passent pas trop de temps à la réflexion philosophique, tous voient les intérêts réels pour la préservation du lien, et l’efficacité socio-économique, de développer les modes alternatifs de résolutions des conflits.

Une expansion des champs, des lieux et des acteurs de médiation

Le problème se pose peut-être de créer des attentes démesurées de la médiation. Si il semble assez clair que l’on parlera bientôt de médiation en matière de conflits sur les baux immobiliers, et que la médiation médicale et hospitalière se verra mieux codifiée à l’avenir, les champs de la médiation pénale, et de la médiation fiscale sont explicitement nommés, à côté d’une longue liste "à la Prévert".

Problème car pour répondre à toutes ces attentes de médiation, il faudra les lieux appropriés. Nous pourrions ainsi voir apparaître des médiateurs familiaux dans chaque maison de justice, puis voir s’instaurer des "maisons de médiation" dans lesquelles officieraient des médiateurs subsidiés, pendant que d’autres voudraient institutionaliser une fonction de médiateur "bénévole" pour les conflits de proximité.

Les questions que le professionnel de la médiation se pose en face de cette multiplication des pratiques sont au moins de deux ordres:

  • comment va-t-on pouvoir maximiser la disponibilité de ceux qui ont fait l’effort de se former et ont pris les risques de s’engager dans ce métier ? Aucun parti ne semble vouloir réserver une place particulière pour ces professionnels qui pour la plupart ont encore pas mal de "temps libre" pour prendre en charge de nouveaux dossiers…
  • dans quelle mesure la mise en place voulue par certains de "corps de médiateurs spécialisés par matière" ne risque-t-elle pas de mettre en cause l’indépendance des médiateurs et leur nécessaire "incompétence", garante de la créativité des parties dans la recherche de leur solution?

Promouvoir la médiation… avec quels moyens?

On retrouve dans tous les programmes de nombreux incitants à opter pour la médiation. La création de lieux privilégiés (maisons de médiation), la présence permanente de médiateurs dans les maisons de justice, la mise en place de juges des familles chargés de généraliser la médiation, voire l’obligation de passer par une médiation pour certains conflits font parties des incitants plutôt juridiques à la médiation.

Mais une fois engagé le processus de médiation, c’est la question financière qui peut rebuter les participants. Ici aussi, la constitution d’un corps de médiateurs financés par les services publics ou l’obtention plus simple de financement public pour la médiation proprement dite sont à l’ordre du jour.

Plus important à long terme, on trouve quelques suggestions d’ordre éducatives: introduire la médiation comme matière d’étude à l’école, autoriser les pouvoirs publics à recourir à la médiation à titre exemplatif, et enfin tenter de nouvelles campagnes d’information et de publicité.

Toutes ces idées ne sont malheureusement pas toujours soutenues par un projet budgétaire concret…

La promotion de la médiation pourrait ne pas toujours se faire sous toutes les garanties d’indépendance et de professionnalisme offertes par les médiateurs professionnels.

C’est un peu la conclusion que j’aimerais tirer de cette étude.

Les partis politiques utilisent le terme médiation à propos de tout et (parfois) de rien. Ils créent à travers lui d’immenses attentes face aux justiciables. On trouve cependant peu de traces d’une volonté d’analyser les résultats engrangés par la loi de 2005. Les magistrats ont-ils bien compris leur rôle ? Les médiations judiciaires sont elles prescrites à bon escient ?

Avant d’innover et de créer de nouveaux métiers de la médiation, ne faudrait-il pas renforcer la place des médiateurs qui sont sur le terrain depuis plusieurs années? L’institutionnalisation du rôle du médiateur ne risque-t-elle pas de mettre en danger son indépendance ?

Enfin, la manière dont les partis politiques ont choisis de débattre au cours de la dernière campagne électorale, le discours sécuritaire et répressif qui a été mis en avant de manière constante au cours des derniers mois nous donne-t-il vraiment confiance dans le discours utopistes de nos penseurs politiques ?

Comme le dit un célèbre quotidien: le débat est ouvert…

Read Full Post »

Paul voudrait obtenir la garde alternée de son Arthur. Martine trouve que un week-end sur deux, c’est déjà beaucoup. Le juge leur a conseillé de chercher une solution en médiation.

Vont-ils ressortir de la médiation avec une décision "quelque part entre 7 jour sur14 et 2 jours sur 14" d’hébergement chez le père?  Si c’était vraiment ainsi qu’il faut voir la médiation, son apport serait vraiment minime. N’importe quel arbitre pourrait prendre la même décision.

Le genre de question que l’on va se poser en médiation c’est par exemple "Que voudriez vous faire du temps passé avec votre enfant pour l’aider à grandir?" Une discussion pourra alors s’ouvrir sur les compétences respectives de chaque parent. L’un est plus "doué" pour l’aider à étudier, l’autre est plus créatif dans les loisirs, … La qualité de la disponibilité sera également envisagée. Le temps réellement "passé" avec un enfant ne se mesure pas nécessairement au nombre de nuits passées chez l’un ou l’autre parent.

En médiation, on ne se contente pas de "découper le gâteau". Si l’on fait cela, il y a nécessairement un gagnant et un perdant. Quelqu’un qui obtient "plus de gateau" qu’il n’en avait avant, et quelqu’un qui en obtient "moins". Ce que l’on va faire avec la médiation, c’est changer le gateau, le faire grandir, changer de forme, de manière à ce que ce ne soit plus la différence par rapport à ce que l’on avait avant qui compte, mais bien la qualité de ce que l’on aura après !

Bien sur, dans le cas de Paul et Martine, Arthur devra bien passer un certain nombre de nuits chez son papa, et les autres chez sa maman. Et il n’y a que 14 nuits toutes les deux semaines. Mais ce que Paul et Martine (histoire vécue) ont découvert, c’est que, au delà des nuits, il y avait surtout les meilleurs moments que l’on puisse passer avec son enfant, ceux au cours desquels un échange peut vraiment se faire. Et vous ne devinerez jamais… ces moments là se passent rarement la nuit.

Paul et Martine ont choisi de regarder le gateau autrement, et aucun des deux n’a eu l’impression d’être perdant en signant l’accord de médiation final.

Read Full Post »

Les conséquences d’une séparation pour les enfants et les adolescents du couple ne sont pas toujours évidentes. Les parents sont ressentis comme une référence, c’est d’eux que le jeune attend le cadre dans lequel il construira ses propres choix, en s’y raccrochant ou en s’y opposant.

Il est important pour le jeune de pouvoir s’opposer ou se raccrocher à des messages qui lui paraissent consistants de la part de ses parents. A la fois pour apprendre à transmettre une culture et des habitudes (lorsqu’il rejoint ses parents) et pour construire une personnalité propre (lorsqu’il s’oppose à ses parents).

Dans le même temps, le jeune apprend de ses parents qu’ils n’ont pas toujours les mêmes opinions, qu’il peut donc rechercher des alliances avec l’un ou l’autre, selon qu’il se retrouve plutôt dans les choix de sa mère ou de son père. Néanmoins, dans un couple ou le dialogue existe, ces choix et ces alliances se font dans le respect des opinions de l’autre.

Lorsque intervient une séparation, il arrive que les jeunes soient pris dans des conflits de loyauté avec leurs parents. Cette alliance avec l’un ou avec l’autre devient vite instrumentalisée par les parents qui en font une arme de leur combat personnel. Le jeune devient l’objet d’un débat de propriété (quel pourcentage de son temps "appartient" à la mère et au père?). 

Si il existe des frères et soeurs, ces différences peuvent provoquer des déchirures encore plus douloureuses, cette fois entre frères et soeurs, pour qui il devient "naturel" de prendre parti pour l’un ou l’autre.

La médiation peut aider à résoudre ce genre de conflit. En permettant à la relation parent-enfant de prendre le pas sur le combat des parents. En rendant à chacun sa place et son rôle. En permettant au jeune et aux parents de mettre en place des dispositifs de communication qui les aident dans leurs démarches respectives.

N’hésitez pas à me faire part de vos témoignages en cette matière. J’y ferai bien volontiers écho dans une future réflexion. 

Read Full Post »

Comment un comportement qui nous semble normal peut-il à la longue devenir problématique?

L’approche constructiviste-interactionnelle nous permet de comprendre mieux comment nos expériences nous amènent à construire notre perception de la réalité, et comment nos interactions avec l’environnement (le monde qui nous entoure), renforce nos erreurs.

Imaginons deux enfants, Hector et Pierre, chacun d’entre eux nés dans une famille "normale" . Voyons un peu le parcours expérimental de l’un et de l’autre…

Un jour, Hector se rapproche du feu ouvert du salon. Ses parents ne remarquent pas son jeu dangereux et lorsqu’il crie après avoir voulu toucher du doigt ce beau morceau de bois qui change de couleur, sa maman se précipite pour le consoler. Elle lui explique très clairement que le feu est brûlant, et qu’il faut s’en éloigner pour ne pas se faire mal.

Un autre jour, Hector se promène avec sa maman en rue. Il observe un chien qui vient à sa rencontre. Alors qu’il veut aller vers le chien, celui-ci grogne, puis aboie en faisant mine de se jetter sur lui. Sa maman lui explique qu’un chien peut être dangereux, que parfois même ils mordent et que donc il vaut parfois mieux les éviter.

Plus tard, à l’école, Hector pose une question à son instituteur qui vient de terminer une longue explicatio. La question porte sur une précision qui a été expliquée par le professeur. Celui-ci regarde Hector d’un air sévère: "Mais tu n’as donc rien compris !". Hector bafouille un peu, puis choisi de se taire pour éviter une nouvelle punition.

De son côté, Pierre lui aussi a voulu essayer de s’approcher du feu, lui aussi a crié lorsqu’il a prit en main le bout de bois brûlant. Lui aussi a été consolé par sa maman. Sa maman lui a d’ailleurs expliqué que elle, lorsqu’elle s’approchait du feu, elle n’en avait pas peur parce qu’elle mettait à ses mains des poignées "pare-feu".

Pierre aussi a rencontré un chien qui s’est "fâché" sur lui. Sa mère s’est alors adressée au maître en lui disant que les chiens qui font peur aux enfants doivent être muselés. Puis elle a entrainé Pierre par la main en lui disant: "allez, viens. Regarde le bien dans les yeux ce chien et dit lui bien fort de se coucher. Tu vas voir comme il va détaler"

Quand Pierre a rencontré les sarcasmes de son maître d’école, il a levé les yeux et lui a simplement dit "Mais monsieur, j’ai vraiment pas compris…"

Chacun d’entre nous peut trouver pour lui même que Pierre ou Hector (et leurs parents) font un meilleur choix que l’autre. Une chose est exacte: il font tous les deux des apprentissages très différents de comportements… qui fonctionnent: aucun des deux ne risque plus de se brûler, ils connaissent le danger d’un chien non muselé, et savent gérer un professeur irascible. Mais qu’ont-ils appris?

Si Hector peut continuer à pratiquer les mêmes solutions face à un risque, et que ces solutions fonctionnent, il pourrait apprendre que face à l’agression et au danger, la fuite est la solution la plus efficace.

Si Pierre construit de la même manière, il va apprendre que face à l’agression et au danger, l’affrontement et la tentative de contrôle sont les meilleures méthodes.

Mais qu’adviendra-t-il de Hector lorsqu’il se trouvera dans des situations ou la prise de risque peut devenir vitale (par exemple, répondre à une demande amoureuse ou à une proposition professionnelle) ?

Et que deviendra Pierre si il est un jour confronté à une culture ou la prise de contact se fait de manière plus violente que "chez nous" ?

Très souvent, un comportement problématique vient de l’accumulation d’expériences fonctionnelles, qui nous amènent à tenter à nouveau la solution qui a jusqu’ici fonctionné, mais dans un environnement qui n’est plus adéquat…

Read Full Post »

Ou "qu’est-ce qu’une explication" ?

Nous observons sans cesse ce qui se passe autour de nous. Nous accumulons ainsi une masse d’informations. Et soudain, nous organisons ces informations, à nos yeux, elles commencent à "faire sens". Nous y voyons ici un lien de causalité, là une forme de circularité. Et puis, dans un stade ultime, nous synthétisons cette analyse dans la forme d’une explication.

Les sciences, comme les religions, ne font que cela depuis la nuit des temps.  N’est-ce pas étrange? Car  sur base de ces mêmes faits observés par différentes personnes, l’organisation qu’elles en font, la synthèse, l’explication enfin deviennent différentes, voire opposées. Le territoire est pourtant bien le même: ce sont les mêmes faits que tous observent. Chacun parcours cependant ce territoire à la lumière de ses expériences passées. Si j’ai appris en observant mon entourage qu’une famille est un ensemble indissociable composé de parents et d’enfants, et que la seule loyauté qui existe pour chaque membre de la famille est la loyauté à l’ensemble, au moment ou l’un des membres de la famille (par exemple un parent) va vivre une expérience amoureuse extérieure à son couple, c’est toute la famille qui est "trompée". Si par contre, j’ai appris par mes expériences que l’amour entre deux personnes de même âge, venant de familles différentes, qui se sont choisies librement est d’une nature différente de celui qui existe entre un père ou une mère et son ou ses enfants, j’aurai tendance à effectuer une différence entre la rupture du couple conjugal et celle des liens parentaux.

Imaginons une famille ou le père a construit une carte du premier type, et la mère une carte du second type. La mère fait une rencontre hors de son couple et veut changer de partenaire. Le territoire est bien le même pour tous: c’est celui d’une modification de partenaire pour le père (qui perd sa partenaire traditionnelle), pour la mère (qui change de partenaire)  et pour les enfants (qui assistent à la séparation entre leurs parents). La carte explicative qui sera donnée de ce territoire sera cependant totalement différente. Le père y mettra une explication de la forme "Mon épouse a détruit notre famille, elle nous a tous trahis" quand la mère y mettra une explication de la forme "Je quitte mon époux parce que pour conserver mon équilibre – et donc aussi pouvoir m’occuper de mes enfants – j’ai besoin d’un autre partenaire".

Serions-nous surpris si dans cette famille les enfants ont des difficultés à se donner une lecture de la situation qui leur permette de conserver de bonnes relations avec père et mère? 

Ce qui est intéressant, c’est que l’observateur – et surtout l’intervenant – extérieur, amené à interagir sur ce territoire, va lui aussi se construire une carte pour s’y retrouver. Que ce soit le juge appelé à trancher les conflits entre les parties, ou le psychothérapeute appelé au secours des enfants, ils vont eux aussi faire appel à leurs propres expériences pour construire une explication. Mais de nouveau, la carte qu’ils vont dresser sera de nouveau une autre abstraction du territoire, construite à partir de la réalité de l’intervenant bien plus que de celles des protagonistes.

Gardons donc toujours à l’esprit que la carte n’est pas le territoire, revenons autant que possible à nos observations de ce qui se dit et se fait, et si le résultat escompté par ce que nous disons ou faisons (c’est à dire la manière dont nous voyageons sur le territoire en fonction de notre carte) ne nous permet pas d’arriver à bon port, changeons la carte car simplement changer de chemin sur une carte erronée n’a jamais amené quelqu’un plus près de son but… si ce n’est par hasard.

Read Full Post »

J’assistais hier à la conférence débat organisée par l’Echevine de la Famille de la Ville de Bruxelles, Chantal Noël, sur le thème "Familles et Société en Mutation: qui pète les plombs ?". Cette conférence réunissait Philippe Van Meerbeeck, neuropsychiatre et psychanalyste fort versé sur le thème de l’adolescence, Philippe Beague autre psychanalyste s’intéressant lui à la problématique des parents et des enseignants, et Noëlle Desmet enseignante retraitée, qui s’investit fortement dans les logiques d’égalité dans l’enseignement. Il y avait aussi une forte représentation de jeunes de l’association "Quand les jeunes s’en mêlent" et le débat était animé par Bernard Demuysere, directeur de l’Ecole des Parents et des Educateurs.

Deux petites choses que j’ai retenues de ce débat:

D’abord, les psychanalystes ne sont pas tous ennuyeux et avoir à la fois Philippe Van Meerbeeck et Philippe Béague dans un panel, "ça déménage"! (Si je dois un jour voir un analyste, j’exige qu’il s’appelle Philippe, c’est un bon début).

Plus sérieusement, un rappel important: les jeunes qui pètent les plombs de manière dramatique ne sont pas si nombreux que cela (deux pour le malheureux Joe Van Hoelsbeek, un pour le tout aussi malheureux prof de Dinant, et quelques autres qui n’en font pas dix sur un an…). Ce qui est peut-être plus dramatique, c’est l’écho que les médias donnent à de telles affaires. Et plus encore, la manière dont cet écho est donné.

J’en viens au titre de ma réflexion du jour: quel est finalement le rôle des médias dans le débat sur la norme?  Nous demandons au monde politique de nous garantir plus de sécurité (sociale, économique, physique) en édictant de plus en plus de normes (de lois) : en quelque sorte nous voulons plus de norme. Dans le même temps, quand nous sommes confrontés nous-même aux impacts négatifs de la norme sur notre propre vie, nous voulons que notre intérêt de développement personnel passe avant cette norme: en quelque sorte nous voulons moins de norme.

C’est là le débat social et politique tel qu’il a toujours existé. Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui nous nous considérons tous comme des experts de notre propre vie. Fini l’expertise santé donnée au médecin, l’expertise culturelle donnée à l’enseignant, l’expertise juridique donnée au notaire et à l’avocat. Nous sommes tous "sachant" de tous les domaines de notre vie quotidienne. Nous sommes tous volontaires pour définir ce que doit être la norme. Et surtout pour dire comment elle doit s’appliquer au cas que nous connaissons le mieux: le nôtre.

Et les médias là-dedans, pourquoi leur en voudrais-je? Tout simplement parce que leur rôle me semble aujourd’hui de plus en plus un rôle de dichotomisation du débat. C’est sans doute là le fruit d’une volonté d’expliquer et surtout de simplifier. D’un côté ceux qui pensent blanc, de l’autre, ceux qui pensent noir. Il suffit de voir comment les journalistes politiques, en cette période électorale essayent – parfois pathétiquement – de faire s’entretuer leurs interlocuteurs. Où pour revenir à notre sujet, s’efforcent de donner la parole (celle que l’on écoute, c’est à dire, pas celle qui fait douze colonnes en page deux, mais celle qui fait cinq mots de titre en première page) à ceux qui sont le plus dans l’émotion et le moins dans la réflexion.

Qu’attendre du malheureux père de Joe lorsque l’on annonce le non dessaisissement du Juge de la Jeunesse du dossier de Marius? Qu’il se dise « rassuré et confiant dans le système judiciaire »? Si c’était un de mes fils qui avait été lâchement assassiné, je n’aurais sans doute pas eu le courage et la dignité de cette famille. Mais ce n’est pas à celui qui est dans l’émotion qu’il faut laisser le soin de définir les règles du jeu. Et si l’on veut que l’ensemble du corps social puisse participer à l’élaboration de la norme, il faut lui donner les moyens de débattre de manière constructive.

Un débat constructif ne se propose pas en mettant d’abord en avant les positions les plus émotionnelles. Un débat constructif commence par reconnaître le droit aux émotions, et dans la foulée, demande à chacun de reconnaître aussi que ces émotions sont le principal frein à la recherche d’une solution.

Je rêve donc d’une presse qui sache trouver les formats qui répondent à la fois à leur besoin légitime de rentabilité, tout en jouant son rôle éducatif et surtout tout en encadrant des débats. Une presse qui trouverait à la fois les titres qui font lire, mais en insufflant un peu d’optimisme dans la recherche des solutions. Une presse capable de laisser aux faits divers, aussi dramatiques soient-ils, la discrétion relative des pages intérieures. Une presse qui comprenne enfin que lorsque deux parties sont en conflit ou en opposition, leur demander de régler ce conflit sur la place publique est une erreur. Autant le cadre dans lequel se déroule un débat de fond doit être garant de son équité et de sa conformité à l’ordre public, autant le débat lui-même doit pouvoir se tenir discrètement pour que nul n’en sorte amoindris ou perdant.

Est-il donc impossible de faire de l’audimat avec un évènement "gagnant/gagnant" ? 

Read Full Post »

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.